RDC: un journaliste détenu après une émission sur un discours de Kabila

20 décembre 2010 à 16h07 par La rédaction

KINSHASA (AFP)

Un journaliste d'une radio dans l'est de la RDC est détenu depuis vendredi par les services de renseignements après avoir animé une émission portant sur le dernier discours du président congolais Joseph Kabila, a-t-on appris lundi de sources concordantes.

Robert Shemahamba, journaliste à la radio privée Mitumba, émettant à Uvira, dans la province du Sud-Kivu (est), a été "convoqué vendredi dans les locaux de l'Agence nationale de renseignements (ANR) et depuis, il y est toujours détenu", a déclaré à l'AFP Jean-Berckmans Lulatsha, journaliste de la même radio.

"L'officier de police judiciaire (OPJ) voulait l'entendre sur procès verbal mais devant l'insistance du journaliste d'être assisté par un avocat, l'OPJ n'a pas voulu et a décidé de l'enfermer jusqu'à ce jour", a-t-il ajouté.

Selon lui, M. Shemahamba a animé le 12 décembre une émission intitulée "Franc parler" au cours de laquelle ses invités, notamment des représentants des partis d'opposition et de la majorité, ont abordé des sujets d'actualité, dont le dernier discours du président Kabila sur l'état de la Nation.

Les auditeurs qui participent à l'émission "le taxent d'être un partisan de PPRD (parti présidentiel)", s'étonne M. Lulatsha, selon qui le journaliste a été "placé à l'isolement.On n'autorise aucune visite.Même sa femme qui lui apporte à manger ne le voit pas".

Un autre journaliste d'Uvira, Dominique Kalonzo, correspondant de la radio Maendeleo à Bukavu (Sud-Kivu), a affirmé à l'AFP être recherché par l'ANR pour avoir participé à l'émission animée par M. Shemahamba.

"Ma maison est encerclée par les agents de l'ANR.Je vis en clandestinité quelque part à 5 km de la ville", a-t-il déclaré à l'AFP.

Selon le rapport annuel de l'ONG congolaise Journalistes en danger (JED), qui a dénoncé lundi la détention de M. Shemahamba, les atteintes à la liberté de la presse ont augmenté en 2010 par rapport à 2009 en RDC, notamment les interpellations et incarcérations de journalistes.

Pour 2011, année d'élections avec la présidentielle prévue en novembre, JED "redoute des tensions politiques qui auront un impact négatif sur le droit d'informer et d'être informé".