Référendum: le Kenya en passe de se doter d'une Constitution plus démocratique

Par La rédaction

NAIROBI (AFP)

La nouvelle Constitution du Kenya destinée à démocratiser le pays et engager une réforme foncière cruciale était en passe d'être adoptée jeudi à une large majorité, au lendemain d'un référendum pacifique contrastant avec les violences post-électorales meurtrières de 2008.

La commission électorale indépendante et intérimaire (IIEC) n'avait pas toujours pas proclamé de vainqueur jeudi mais le camp du "oui", soutenu par le président Mwai Kibaki et le Premier ministre Raila Odinga, se dirigeait vers une victoire confortable, selon des résultats provisoires.

Le nouveau texte fondamental vise à rendre les institutions du pays plus démocratiques, crée une chambre haute du Parlement (Sénat) et renforce les attributions de l'Assemblée nationale pour contrebalancer le pouvoir du président, qui peut faire l'objet d'une procédure de destitution.Il prévoit également une réforme foncière cruciale.

Le texte, qui supprime le poste éphémère de Premier ministre, devrait entrer pleinement en vigueur à compter des élections générales fin 2012.

D'ici là, le Premier ministre Odinga restera à la tête du gouvernement d'union nationale installé par un accord du partage du pouvoir en février 2008, à moins que l'un des deux partis de la coalition ne décide de se retirer.Cette perspective est jugée très peu probable par nombre d'analystes kényans.

Jeudi matin, le "oui" totalisait 4,17 millions de voix contre 2 millions au "non", selon des résultats provisoires.

Le taux de participation du scrutin n'était pas toujours pas rendu public, mais plusieurs responsables de la commission électorale l'estimaient à 70%.Avec 12,4 millions d'électeurs enregistrés, cela placerait la barre de la majorité absolue à 4,3 millions de voix.

La presse kényane n'a pas attendu la proclamation des résultats officiels pour saluer l'avènement d'une ère nouvelle.

"Le chaos qui a précédé et accompagné les élections générales successives a été relégué au rang des lointains souvenirs par les files d'attentes ordonnées d'hier", se félicitait le quotidien privé le Standard.

Les violences qui avaient accompagné la réélection contestée du président Kibaki le 27 décembre 2007 avaient fait 1.500 morts, alimenté les ressentiments ethniques, sapé la confiance des électeurs dans leurs institutions et mis à mal l'image de stabilité du pays.

Le scrutin de mercredi s'est déroulé dans le calme et a globalement été bien organisé par la nouvelle commission électorale, totalement renouvelée et qui a notamment modernisé les modes de transmission des résultats dans ce pays un peu plus grand que la France.

"Le référendum s'est déroulé de manière pacifique.Il n'y a eu aucun incident", a déclaré à l'AFP le chef de la police nationale Mathew Iteere.Quelque 70.000 membres des forces de sécurité avaient été déployés dans le pays, pour prévenir toute violence au terme d'une campagne électorale tendue.

Une attaque à la grenade avait fait six morts à Nairobi le 13 juin au cours d'un rassemblement du "non" tandis que des habitants installés dans la très sensible Vallée du Rift (ouest) s'étaient mis à l'abri dans leur région d'origine, de peur de nouvelles violences.

Le camp du non, emmené par les Eglises et les leaders de la communauté kalenjin -- l'ancien président Daniel arap Moï (1978-2002) et le ministre de l'Enseignement supérieur William Ruto -- a dénoncé l'introduction dans le nouveau texte de l'avortement thérapeutique, le maintien de tribunaux islamiques chargés des questions familiales, et agité le spectre de la confiscation de terres par l'Etat.

Un argument battu en brèche par les défenseurs du projet, y voyant un contre-feu de "l'élite kalenjin" à la tête "de grandes fermes dont le mode d'acquisition demeure sujet à caution".