Révolution : Après la Tunisie, l�??Egypte ?

Par La rédaction

L'Egypte vit depuis quelques jours au rythme des manifestations et des rassemblements. Les protestataires réclament le départ du président Hosni Moubarak au pouvoir depuis 30 ans. Impensable il y a quelques années, ces révoltes, qui suivent le modèle tunisien, peuvent-elles mener à la chute du gouvernement comme dans le pays voisin ? Selon les experts la réponse n'est pas évidente.Exportation du « modèle » TunisienLes pays sont voisins, les régimes autoritaires et les présidents en poste depuis de longues années. Les occidentaux qui, selon la formule de Denis Jeambar, préfèrent « Ben Ali à Ben Laden », ferment les yeux sur les atteintes aux droits de l'homme considérant ces régimes comme des remparts à l'islamisme fondamental ou au salafisme. Le taux de chômage des jeunes diplômés est élevé, la vie chère et la corruption endémique. Enfin, les nouvelles technologies et l'essor des réseaux sociaux offrent des outils inédits de mobilisation pour les peuples. Voilà en filigrane ce qui rapproche la situation égyptienne de la tunisienne. Mais les différences paraissent aussi importantes que les points communs. Tout d'abord les Egyptiens sont 8 fois plus nombreux que les Tunisiens. La classe moyenne n'y est pas autant développée. Le taux d'alphabétisation plus faible et celui de pauvreté plus fort. Ensuite l'armée, dont la réaction fut décisive pour la révolution tunisienne, n'a pas le même profil dans les deux pays. Pour Jean-Noël Ferrié, politologue au CNRS, "L'entourage de Moubarak n'a rien à voir avec celui de Ben Ali. [�?�]. La corruption existe, mais l'armée est fidèle. Ce qui tient réellement les forces militaires à disposition du pouvoir, c'est avant tout l'idée de servir l'Etat." Le « système » Moubarak n'est pas identique à celui de Ben Ali. Etat corrompu, mais sans une dérive mafieuse aussi prononcée qu'en Tunisie. Relative séparation de la justice et de l'Etat. La liberté d'expression n'est pas aussi fermement réprimée en Egypte qu'en Tunisie. "Le système Moubarak est très habile. Il distille une certaine dose de liberté d'expression. Il n'empêche pas le débat, il le contrôle. Cela permet à la population d'avoir un sentiment de liberté", analyse Jean-Noël Ferrié.Enfin sur le plan Géopolitique, la grande force de l'Egypte de Moubarak est sa reconnaissance de l'Etat d'Israël. Un élément pilier de la politique américaine au Moyen Orient. Si Washington a donné son feu vert au renversement de Ben Ali sa position pourrait être bien plus timide en Egypte.La rue veut y croirePour les Egyptiens qui défient les autorités, ces considérations n'égratignent en rien la détermination qui les anime. Jour après jour et malgré les interdictions de réunion, ils se rassemblent sur les principales places du pays.Les autorités ont annoncé des milliers d'arrestations. On déplore 4 décès depuis le début des protestations. Mais cela semble plutôt renforcer la conviction des manifestants qui s'en prennent désormais aux postes de police où sont retenus ceux qui ont été interpellés pendant les troubles.Black-out des communicationsSur le terrain virtuel le conflit se répand également. Depuis mercredi les principaux réseaux sociaux sont bloqués. Ce blocage inédit en Egypte, moins prompte que la Tunisie à la censure globale, semble être une man�?uvre désespérée pour ne pas perdre la bataille online. "Sans les réseaux sociaux, nous n'aurions peut-être pas convergé vers la place Tahrir", avoue Jiji Ibrahim, diplômée en sciences politiques de l'Université américaine du Caire, "Twitter et Facebook ont permis de montrer aux gens l'ampleur des manifestations. Une ampleur qui en a encouragé beaucoup à nous rejoindre."Mais les Etats-Unis qui soutiennent à demi mots le régime en place ne ferment pas les yeux sur tout. Et lorsqu'il s'agit de liberté d'expression et de Web, ils savent dire ce qu'ils pensent : "Nous soutenons les droits universels du peuple égyptien, notamment la liberté d'expression, d'association et de rassemblement [�?�] nous appelons les autorités égyptiennes à ne pas empêcher les manifestations pacifiques et à ne pas bloquer les communications, particulièrement celles des réseaux sociaux." Dixit Hillary Clinton.Matthieu Jean