Révolution en Tunisie: plus de 200 morts, le gouvernement examine la situation sécuritaire

1er février 2011 à 14h41 par La rédaction

TUNIS (AFP)

Le gouvernement tunisien de transition se réunissait mardi avec au programme la situation sécuritaire dans le pays où les incidents se multiplient, alors que l'ONU a annoncé un bilan de 219 morts et 510 blessés durant les troubles qui ont fait tomber le régime Ben Ali.

Deux cents dix-neuf personnes sont mortes, dont 72 dans les prisons, et 510 ont été blessées durant ces cinq semaines de violences, a indiqué à Tunis Bacre Ndiaye, le chef d'une mission du Haut Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU à l'issue de cinq jours de visite de terrain.

"Selon les derniers chiffres retenus, il y a eu 147 personnes tuées et 510 blessées.Ces chiffres n'englobent pas les victimes dans les prisons", a-t-il déclaré, précisant que ces données étaient "provisoires".

Dans le même temps, le gouvernement de transition se réunissait pour la première fois depuis son remaniement dans la douleur le 27 janvier.

Très contesté dans la rue pendant cinq jours par des manifestants qui campaient sous ses fenêtres malgré le couvre-feu, le premier ministre Mohammed Ghannouchi avait survécu et formé une équipe expurgée des caciques du régime du président Ben Ali, en fuite à l'étranger depuis le 14 janvier.

Selon une source gouvernementale qui a requis l'anonymat, ce conseil devait se centrer sur la question de la sécurité dans le pays, où plusieurs incidents ont été rapportés ces jours derniers.

Les plus inquiétants se sont déroulés lundi à Kasserine, principale ville du centre où la sous-préfecture a été pillée et saccagée par des centaines de jeunes.

Selon des sources syndicales sur place contactées par l'AFP et l'agence TAP, la sous-préfecture, un lycée, un local associatif et un cabinet de médecin ont été attaqués sans que les forces de l'ordre n'interviennent.

Mardi, selon des habitants joints par l'AFP, la situation restait tendue.Deux syndicalistes, Sadok Mahmoudi et Bechir Harakati, ont indiqué que la police était totalement absente, tandis que l'armée a dispersé dans la matinée un groupe d'un millier de jeunes dans le centre-ville.

Sur le littoral sud du pays, c'est dans la communauté juive que l'émoi grandissait.

Lundi soir, la synagogue d'El Hamma, près de Gabès (sud-ouest) a été incendiée par des inconnus, ont indiqué à l'AFP plusieurs responsables de la communauté juive qui ont demandé une protection accrue aux autorités.

"Des gens ont incendié la synagogue lundi soir et les rouleaux de la Torah ont été brûlés", a indiqué à l'AFP Trabelsi Perez, le chef de la communauté juive de l'île de Djerba, qui abrite l'essentiel des quelque 1.600 juifs vivant encore en Tunisie.

On a par ailleurs appris mardi de source syndicale qu'un jeune chômeur avait tenté samedi de s'immoler par le feu près de Gafsa (sud) pour dénoncer sa "situation sociale déplorable".Aymen Ben Belgacem, 21 ans, a été hospitalisé dans un état critique à Tunis.

A Tunis, le ministre de l'Intérieur Farhat Rajhi devait faire un point sur la sécurité, a précisé à l'AFP la même source gouvernementale, qui a estimé peu probable une levée du couvre-feu en vigueur depuis le 13 janvier car "la situation n'est pas encore stabilisée".

La gouvernement doit aussi faire face à une grogne de fonctionnaires de plusieurs ministères et aux revendications des policiers, un peu partout dans le pays.

Des policiers ont débrayé lundi à Kairouan (centre), Bizerte (nord) et Sousse (centre-ouest) pour revendiquer un syndicat et de meilleures conditions de travail.

Toutefois, selon une source policière interrogée par l'AFP, les policiers devaient reprendre le travail mardi après avoir reçu l'assurance d'une augmentation générale de 140 dinars (environ 73 euros).

Un avion privé appartenant à la famille de Ben Ali a par ailleurs été saisi par la justice française mardi matin à l'aéroport du Bourget près de Paris, ont indiqué à l'AFP des sources proches du dossier.