Rwanda: la société civile en retrait face aux tensions

Par La rédaction

NAIROBI (AFP)

A de rares exceptions près, la société civile rwandaise reste en réserve face aux tensions ayant marqué la pré-campagne pour la présidentielle du 9 août dont le président sortant Paul Kagame est l'ultra-favori, en l'absence de véritable opposition.

Au pouvoir depuis qu'il a mis fin au génocide de 1994 contre les Tutsi, M. Kagame fait face pour ce scrutin à trois candidats l'ayant soutenu lors de la première présidentielle de 2003.Trois partis récemment apparus, dont deux non reconnus par les autorités, sont de facto exclus du scrutin.

Les signes de tensions se sont multipliés ces derniers mois, les organisations de défense des droits de l'homme comme Human Rights Watch (HRW) dénonçant un climat de répression croissant, "menaces" et "agressions" contre l'opposition.

Seules deux voix se sont exprimées à l'intérieur du Rwanda pour s'alarmer de cette situation: la Ligue rwandaise pour la promotion et la défense des droits de l'homme (Liprodhor), et la Ligue des droits de la personne dans la région des Grands lacs (LDGL), collectif régional basé à Kigali.

"Cette situation ne surprend point dans un pays où des organisations qui se disent non-gouvernementales couvrent d'éloges le gouvernement, fermant les yeux sur les abus de toutes sortes", analyse sous couvert d'anonymat un diplomate africain en poste à Kigali. "C'est le contraire du Burundi voisin qui dispose d'une société civile forte, au-dessus de la mêlée", explique cette source.

"Ce n'est pas que nous soyons aveugles", plaide un agent d'une ONG rwandaise, qui refuse que son nom soit publié: "certains de nos responsables ont tout simplement peur de représailles de la part du gouvernement". "Nos conseils d'administration donnent parfois ordre de ne rien dire", reconnaît cet activiste, pour qui les prises de position de la Liprodhor et de la LDGL relèvent d'un grand courage.

Fin juin, la Liprodhor s'est néanmoins alarmée "des arrestations et détentions arbitraires qui se multiplient" à l'approche du scrutin.

L'organisation rwandaise a fustigé le refus du gouvernement de légaliser les partis d'opposition qui avaient annoncé leur décision de se présenter à l'élection, "situation qui a privé une partie de la population rwandaise de ses droits d'association, d'expression et d'opinion, et politiques".

La Liprodhor a également lancé "un appel pressant aux autorités pour le respect des principes démocratiques et la protection des droits de tous les citoyens, tels qu'énoncés dans la Constitution" du pays ainsi que dans les conventions et traités internationaux.

La Liprodhor a déjà eu maille à partir avec le régime en 2004.Elle avait alors été accusée "d'idéologie génocidaire", ce qui avait contraint plusieurs de ses agents et responsables à prendre le chemin de l'exil

Son plaidoyer est intervenu après celui, en mai, de la LDGL pour laquelle "le processus électoral évolue dans un climat d'incertitude et de tensions permanentes entre le parti au pouvoir et les partis politiques d'opposition".

Le collectif appelait les autorités à "promouvoir le multipartisme à travers des facilités d'agrément pour les partis politiques naissants".

Il dénonçait par ailleurs les poursuites judiciaires engagées contre des opposants, en particulier contre Victoire Ingabire, actuellement sous contrôle judiciaire.

Candidate déclarée à l'élection, Mme Ingabire est poursuivie pour collaboration avec les rebelles hutus rwandais basées dans l'est de la RDCongo.Le parquet l'accuse également de nier la réalité du génocide et de prêcher la division ethnique, des allégations qu'elle réfute.

Bernard Ntaganda, un avocat qui avait également annoncé son intention de briguer la présidence, est incarcéré depuis le mois dernier, accusé lui aussi de prêcher la division ethnique.