Rwanda: le président Kagame attendu à Paris, sa première visite depuis le génocide

Par La rédaction

PARIS (AFP) - (AFP)

Le président rwandais Paul Kagame est attendu dimanche à Paris, où il doit rencontrer la diaspora rwandaise, avant de s'entretenir lundi avec son homologue Nicolas Sarkozy pour sa première visite officielle en France depuis le génocide de 1994.

Sa venue, qui apparaît comme le dernier acte d'une réconciliation amorcée en 2009 entre les deux Etats, a suscité des remous dans la classe politique et chez les militaires français, toujours accusés par Kigali d'être impliqués dans les massacres de Tutsi il y a 17 ans.

Paris et Kigali ont affiché leur désir de rebâtir une relation abîmée, mettant en avant la relance de partenariats économiques.

"On sait bien que cette visite ne fait pas plaisir à un certain nombre de personnes, mais le président a décidé de tourner la page des relations douloureuses de la France avec le Rwanda", souligne-t-on dans l'entourage de Nicolas Sarkozy.

Kigali a dit de son côté qu'il s'agissait "d'un pas (de plus) dans la normalisation" des relations bilatérales.

Pour l'universitaire André Guichaoua, "cette visite intervient à un moment où les deux parties sont en position de faiblesse": Paris, qui "cherche à rompre son isolement dans la région des Grands Lacs", où le petit Rwanda reste un acteur clé, et Kigali, qui se cherche de nouveaux soutiens internationaux alors que ses traditionnels alliés américains se font plus distants.

Critiqué par des ONG pour des "violations répétées" des droits de l'Homme, Paul Kagame est en outre "fragilisé par la contestation interne": et, "à chaque fois que le Rwanda est en difficulté, que s'éloignent ses puissants soutiens anglo-saxons, il redécouvre la France", dit le chercheur.

A son arrivée, en début d'après-midi, Paul Kagame ira à la rencontre de membres de la diaspora rwandaise à Aubervilliers, en proche banlieue parisienne.Des bus entiers de partisans du président sont attendus, transportés depuis la Belgique, ancienne puissance coloniale où la communauté rwandaise est importante.

Lundi, après avoir donné une conférence dans la matinée, Paul Kagame doit déjeuner avec Nicolas Sarkozy.

Leur entretien sera consacré "au développement du partenariat entre nos deux pays et à l'approfondissement de notre coopération", a informé l'Elysée en ajoutant que les grands dossiers régionaux et internationaux seraient "également évoqués".

Cette visite répond à celle du président français en février 2010 à Kigali.Nicolas Sarkozy avait alors reconnu "une forme d'aveuglement" de la France pour n'avoir pas "vu la dimension génocidaire" du régime rwandais hutu que Paris soutenait à l'époque, et dont les éléments extrémistes allaient orchestrer le massacre de plus de 800.000 personnes, dans leur immense majorité des Tutsi, entre avril et juin 1994.

Cette visite mettait un terme à trois ans de rupture des relations diplomatiques, consécutive au lancement de mandats d'arrêt français contre des proches de Paul Kagame.

Censée parachever cette réconciliation, la venue de Paul Kagame choque certains en France.

Selon un rapport d'enquête rwandais de 1998, la France a participé à la formation des génocidaires et ses soldats ont directement pris part aux massacres."Une insulte" pour les militaires français, qui ont vivement dénoncé la venue en France de Paul Kagame.

Marque d'un malaise persistant dans le corps diplomatique, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, poste qu'il occupait en 1994, sera absent pendant toute la visite officielle.

L'opposition rwandaise a aussi prévu de se faire entendre, en organisant des rassemblements à Paris, notamment mardi matin au moment d'une rencontre entre le dirigeant rwandais et le patronat français.