Rwanda: métamorphose progressive de Kigali en Singapour de l'Afrique

Par La rédaction

KIGALI (AFP)

Kigali se métamorphose progressivement, avec l'ambition de devenir la Singapour de l'Afrique, dotée d'immeubles de bureaux rutilants et à la vie nocturne animée, loin de l'image d'une capitale endormie où tout était fermé à partir de 21H00.

Il y a dix ans, commander un café dans la capitale rwandaise signifiait voir arriver un café soluble de la pire espèce, avec du lait en poudre.Maintenant, le consommateur a le choix entre expresso, moka, macchiato et autres "latte", agrémentés de mousse de lait.

"Kigali est l'une des villes à la croissance la plus rapide en Afrique et nous sommes déterminés à veiller à ce que son essor soit très bien maîtrisé", déclare à l'AFP la maire de la capitale Aisa Kirabo Kacyira, évoquant l'ambitieux plan "Vision 2020".

Le cabinet OZ Architecture qui a son siège au Colorado, a établi un plan d'urbanisme sur 50 ans avec un nouvel aéroport international et des quartiers dédiés à des activités spécifiques, shopping, bureaux, technologies, soins médicaux...

"Ils essaient de ré-inventer le pays, de faire du Rwanda le pays africain le plus en pointe en matière de développement durable, de hautes technologies et d'équipements numériques, un peu à l'image de ce qu'est devenu Singapour" en Asie du Sud-Est, explique Carl Worthington d'OZ Architecture, dans le magazine Metropolis.

Mme Kirabo Kacyira souhaite que sa ville devienne "aussi belle" et soucieuse de développement durable qu'actuellement, même si sa population d'un million d'habitants est en passe de doubler.Elle veut aussi une ville "qui ait une âme, une vie" avec des activités sportives et récréatives.

Des grues géantes s'activent à la construction --par la Chine-- d'un palais des congrès, qui comprendra 300 chambres d'hôtel haut de gamme et des aménagements pour accueillir plus de 2.000 délégués.

"L'objectif est de passer d'une capacité de 700 chambres à 4.800 chambres de cette catégorie fin 2010", dans l'ensemble du pays, affirme Vivian Kayitesi, du Conseil du développement du Rwanda (RDB), l'organisme de promotion des investissements.

"Nous avons fait beaucoup de progrès", commente Patrick Sebatigita, directeur d'une société d'ingéniérie."A ce rythme, nous n'allons peut-être pas rattraper Singapour dans les dix prochaines années mais dans la sous-région, nous allons définitivement progresser", tempère-t-il.

Quatre lois ont été votées en 2009 pour favoriser la création d'entreprises et d'emplois et l'accès au crédit, souligne RDB.Le délai pour obtenir un permis de construire a ainsi été considérablement réduit, l'offre de logements modernes étant trop limitée.

Le pays tente aussi de développer le secteur des hautes technologies, affirme Leon Orsmond, patron d'Osmosis, une société de marketing, qui relève que le traumatisme vécu lors du génocide des Tutsi en 1994 a agi comme un "catalyseur", incitant les Rwandais à passer "d'une société agraire à une société de la connaissance".

"A cause de 1994, ils ont dû rattraper leur retard, faire un bond en avant", dit-il.Il y a seize ans, 800.000 personnes ont été tuées en trois mois, au cours du génocide.

Kigali se soucie enfin d'environnement et a déjà banni les sacs plastique.La zone industrielle de Gikondo doit redevenir une zone humide et un nouveau parc industriel devrait être achevé d'ici la fin de l'année.

Les autorités assurent que dans ce processus de développement, les petits salaires ne seront pas oubliés.Gérard Kayumba, exproprié à cause de l'édification du palais des congrès, ne se plaint pas.Avec les indemnisations et ses économies, il a construit quatre appartements dans le quartier des ambassades et espère en tirer des loyers conséquents.

Mais Martin Nzabirinda, également exproprié du centre, affirme n'avoir obtenu que la moitié du prix qu'il escomptait pour sa maison et a été relogé à 15 km de là, dans un quartier peu entretenu."Je vends des vêtements dans la rue.Le problème, quand j'arrive en ville, est que je suis si poussiéreux que la police me renvoie hors des limites de la cité".