Sahel: l'inquiétude des experts face à la pauvreté et aux armes libyennes

17 novembre 2011 à 17h14 par La rédaction

ALGER (AFP) - (AFP)

Des experts internationaux ont souligné jeudi que la pauvreté favorisait le terrorisme dans la région cruciale du Sahel et de nouveau souligné le risque que des extrémistes ne s'emparent d'armes libyennes.

Quelque 150 experts du Forum Global de la lutte contre le terrorisme (FGLT) sont réunis à huis clos à Alger depuis mercredi pour étudier les moyens de venir en soutien aux populations des pays les plus concernés, comme la Mauritanie, le Mali, le Niger et l'Algérie.

Selon des sources diplomatiques, des vues "convergentes" ont été évoquées par les participants à ce Forum, placé sous la co-présidence de l'Algérie et du Canada.Il réunit une trentaine de pays, dont les Etats-Unis, la Turquie, la Russie, le Japon et la Libye, ainsi que l'Union Européenne.

Une des inquiétudes communes aux délégués est l'activité de l'organisation active dans le Sahel, Al-Qaïda du Maghreb islamique (Aqmi), qui comprendrait quelque 400 membres armés, selon diverses sources.

Cette organisation, "profite de l'incapacité de l'Etat et occupe le terrain", a indiqué un expert européen sous couvert d'anonymat.

La "stratégie se doit d'être globale sur le terrain" et il est nécessaire d'y traiter "l'ensemble des problèmes et résoudre les conflits qui restent dans la région", a-t-il ajouté, sans citer la dispute entre l'Algérie et le Maroc sur le Sahara Occidental.

Il faut viser "le développement et la pauvreté", comme une première conférence des pays dit "du champ" l'avait souligné à Alger début septembre, a-t-il rappelé, notant que le Mali et le Niger "s'y sont attelés".

La Libye a également occupé une bonne partie des discussions, après la chute il y a deux mois du régime de Kadhafi.Le devenir des Touareg, anciens alliés de l'ex-homme fort libyen, et les arsenaux d'armes sophistiquées non-protégés et livrés au pillage, ont été discutés.

Vive inquiétude au Sahel depuis le renversement de Kadhafi

Mardi, le chef du groupe de travail spécialisé américain sur les missiles sol-air portables (man-portable air defense systems, Manpads), Derrin Smith, affirmait à Alger qu'il n'y avait pas de "preuves, d'indications confirmées qu'il y ait des Manpads libyens tombés entre les mains de malfaiteurs ou de groupes terroristes".

En outre, l'Algérie, les Etats-Unis et d'autres pays, ont réitéré le danger de payer des rançons dans les affaires de rapts.Mais l'enlèvement récent de deux Espagnols et d'une Italienne, le 23 octobre, en zone sahraouie près de Tindouf (sud-ouest algérien) n'a pas été évoqué.

Au-delà du Sahel, les experts ont discuté des liens d'Aqmi et des islamistes nigérians de Boko Haram, qui ont revendiqué plusieurs attentats sanglants au Nigeria avec un modus operandi semblable.

Pour l'Européen Manuel Lopez Blanco, coordinateur de la stratégie de l'UE pour le Sahel, les deux groupes auraient un "même agenda" et une "coopération probable en matière d'entraînement, de facilitation de refuge et de déplacement de leurs éléments respectifs".

La question des frontières, un "contrôle d'espaces gigantesques", nécessite un échange important d'informations entre pays frontaliers, a été un "thème très récurrent".Certes il y a le Cemoc, réunissant les états-major des pays du champ à Tamanrasset (extrême sud algérien) et l'échange de renseignements, mais jugé encore "insuffisant".

Le Forum global de la lutte contre le terrorisme (FGLT), a été créé le 22 septembre à New York sous l'impulsion du coordonnateur de la lutte anti-terroriste au Département d'Etat américain Daniel Benjamin, présent à Alger.