Sénégal: coup d'envoi d'une vaste opération de distribution de vivres

28 avril 2020 à 18h50 Par AFP
Dans un faubourg de Dakar, un homme soulève un sac de riz et le pose sur une charrette tirée par un âne.C'est l'un des premiers bénéficiaires d'une vaste distribution d'aide alimentaire lancée mardi au Sénégal pour aider les familles démunies à affronter le nouveau coronavirus.

Ces derniers jours, des camions affrétés par le gouvernement ont amené les vivres, notamment à Guinaw-Rails, à une vingtaine de kilomètres du centre de la capitale.

Entreposés dans l'arrière-cour d'un centre culturel, ces produits de première nécessité ont été répartis en lots individuels, composés de 100 kg de riz, 10 kg de savon, de sucre, d'huile et de pâtes alimentaires, d'une valeur de 66.000 francs CFA (100 euros).

Mardi, en présence des autorités, les premiers bénéficiaires sont venus retirer leurs colis.Seule une soixantaine d'entre eux avait reçu une invitation, sur quelque 3.200 familles concernées par l'opération dans ce quartier populaire de la ville de Pikine, coincé entre une bretelle d'autoroute et une voie de chemin de fer désaffectée. 

"Nous allons procéder par lot de 30 ménages, pour éviter les rassemblements.Chaque ménage est convoqué à une heure précise", a expliqué sur place à l'AFP une responsable du ministère du Développement communautaire.

Dotée d'un budget de 69 milliards de francs CFA (105 millions d'euros), l'opération annoncée par le président Macky Sall doit mobiliser quelque 888 camions, dont 35 de l'armée, pour convoyer ces vivres jusqu'aux régions éloignées.

Elle s'ajoute à des distributions à plus petite échelle organisées par des entreprises privées, des associations religieuses et des autorités locales.

Un million de ménages, soit de 8 à 10 millions de personnes sur 16 millions d'habitants, devraient recevoir cette aide gouvernementale en nature dans les prochains jours.

- Activité ralentie -

A Guinaw-Rails, Ami Sakho, une commerçante de 37 ans, était parmi les premières à attendre son colis.Vendeuse de poisson, elle a cessé de travailler depuis l'arrivée de la maladie.

"J'ai huit enfants avec mon mari, qui est polygame mais ne travaille pas.Je ne peux plus sortir à cause de cette maladie", dit-elle. 

Elle se réjouit que "cette aide aille aux populations concernées, pour aider les pauvres et vaincre la maladie", alors que de nombreux Sénégalais disaient craindre des détournements.

Diarra Ndiaye, la quarantaine, venue également chercher son lot d'aliments, travaille dans une école, fermée comme toutes celles du pays en raison de l'état d'urgence.

"Cette aide va nous soulager.Mon mari est menuisier mais maintenant, il arrête le travail plus tôt", pour respecter le couvre-feu, qui débute à 20H00."Nous n'avons pas salaire.J'ai six enfants avec mon mari, qui a deux épouses", dit-elle. 

Après des polémiques sur le choix des fournisseurs des denrées alimentaires et des entreprises chargées de la distribution, le ministre du Développement communautaire, Mansour Faye, a assuré lors d'une courte cérémonie que toute l'opération, qui doit durer une dizaine de jours, se déroulerait "dans les règles de l'art".

"Nous avons fait un choix judicieux des ménages et n'avons reçu aucune réclamation de la part des populations", a-t-il dit.

"C'est une opération d'une très grande envergure, d'une complexité importante.Je souhaite qu'on continue à veiller sur le respect des gestes barrière, en respectant la distanciation sociale", a affirmé le ministre.

Le Sénégal compte officiellement 823 cas de Covid-19, dont neuf décès.Des chiffres qui restent largement inférieurs à ceux enregistrés en Europe ou aux Etats-Unis, mais les autorités s'inquiètent de la progression des cas dits "communautaires", c'est-à-dire que l'on ne peut relier à des cas connus.

Un cas "communautaire" testé positif lundi a ainsi à lui seul contaminé 25 personnes, a indiqué mardi le ministère de la Santé.

Les commerçants, dont certains bravent l'interdiction de circuler entre les régions pour acheminer leurs produits, notamment vers Dakar, sont particulièrement exposés.Ils sont aussi des vecteurs de transmission privilégiés.

En ce début de ramadan, les Sénégalais se sont également rassemblés sur les marchés ou ont fait la queue pendant de longues heures devant les boulangeries pour préparer la rupture du jeûne, sans toujours porter de masque, pourtant obligatoire.