Sénégal: craintes de nouvelles violences un mois après les émeutes

Par La rédaction

DAKAR (AFP) - (AFP)

Dakar vit dans la crainte de nouvelles violences samedi, des manifestations d'opposants et de partisans du pouvoir étant prévues un mois après des émeutes contre une réforme électorale controversée, abandonnée sous la pression de la rue et des critiques à l'étranger.

"Le 23 juillet de tous les dangers", titrait jeudi le site d'informations en ligne Dakaractu, car "avec d'un côté un pouvoir qui va mobiliser toutes ses forces de sécurité pour protéger un meeting où il attend un demi-million de personnes et, de l'autre, une opposition soutenue par la société civile et les mouvements populaires, le pire est à craindre".

Ces manifestations vont se tenir un mois jour pour jour après les émeutes du 23 juin (une centaine de blessés) contre un projet de loi visant à faire élire un président et un vice-président avec un minimum de 25% des voix au premier tour de l'élection présidentielle de février 2012.

Le président Abdoulaye Wade, acculé par la contestation populaire et de vives critiques de la France, de l'Union européenne (UE) et des Etats-Unis, avait finalement retiré le texte.

"Pour des raisons de sécurité", le ministre de l'Intérieur, Ousmane Ngom, a décidé d'interdire aux opposants de manifester dans le centre de Dakar pour commémorer cette journée et exiger du président Wade qu'il renonce à être candidat à la présidentielle de 2012."Tout manquement sera puni", ajoute le ministre dans un arrêté pris mercredi soir.

La manifestation de l'opposition n'est pas formellement interdite, selon l'arrêté, mais ne pourra se tenir comme prévu sur la place de l'Indépendance, au coeur de Dakar, à proximité de plusieurs bâtiments publics dont la présidence de la République et l'Assemblée nationale.

Dans le même temps le pouvoir a appelé à un meeting samedi devant le siège du Parti démocratique sénégalais (PDS) du président Wade.Ce sera la première grande manifestation de la mouvance présidentielle depuis les évènements du 23 juin à laquelle participera le chef de l'Etat.

Depuis les violences du 23 juin, suivies d'autres émeutes quatre jours plus tard pour protester contre les coupures d'électricité, une soixantaine de partis politiques d'opposition et d'organisations de la société civile se sont rassemblés au sein d'un Mouvement des forces vives du 23 juin (M23).

Le président Wade, âgé de 85 ans, élu en 2000 pour sept ans, réélu en 2007 pour cinq après une réduction du mandat présidentiel, est candidat à sa succession en 2012.

Ses opposants jugent cette candidature anticonstitutionnelle, estimant qu'il a déjà épuisé ses deux mandats légaux, ce à quoi le chef de l'Etat répond que c'est au Conseil constitutionnel de trancher.

Le 14 juillet, dans son premier discours public depuis les émeutes de fin juin, il a redit qu'il était candidat, proposant même à une opposition "pressée", selon lui, d'organiser une présidentielle anticipée."J'entrerai dans l'arène et je gagnerai", a-t-il affirmé.

Proposition aussitôt rejetée par le M23, à l'origine de l'appel à manifester samedi."Nous allons poursuivre la mobilisation jusqu'à ce que Wade renonce à se présenter pour un troisième mandat", a affirmé Pape Demba Sy, un de ses responsables.

"Nous avons pris toutes les dispositions pour un bon déroulement de la manifestation, nous voulons que tout se déroule dans le calme.Cependant, nous n'accepterons pas qu'on interdise la rencontre de notre mouvement et autorise la manifestation de la mouvance présidentielle", a-t-il poursuivi.