Sénégal: HRW appelle à renforcer la protection des filles contre l'exploitation sexuelle à l'école

Par AFP

AFRICA RADIO

Human Rights Watch (HRW) a dénoncé jeudi l'exploitation sexuelle des jeunes filles dans les écoles secondaires au Sénégal, un phénomène présent dans beaucoup de pays africains, appelant le gouvernement à "adopter une riposte nationale plus forte" contre ces pratiques.

Au même moment, plusieurs femmes manifestaient jeudi à Monrovia, au Liberia, sous une pluie battante pour réclamer davantage de protection pour les jeunes filles, après la scandale des viols subis par les élèves souvent mineures d'une école dirigée au Liberia par l'ONG américaine More Than Me. Elles avaient été abuséees sexuellement par le cofondateur de l'association, Macintosh Johnson, décédé en 2016.Au Sénégal, les filles sont "confrontées à des niveaux élevés de violence sexuelle et sexiste, notamment d'exploitation sexuelle, de harcèlement et d'abus, de la part d'enseignants et autres responsables scolaires", selon un rapport de l'ONG HRW publié jeudi, intitulé "Ce n'est pas normal - Exploitation sexuelle, harcèlement et abus dans des écoles secondaires au Sénégal".Ce rapport est le produit d'entretiens menés en 2017 avec 42 filles et jeunes femmes de 12 à 25 ans, ainsi que de discussions de groupe auprès de 122 élèves du secondaire, dans différentes régions.Au cours de ces échanges, l'ONG a constaté que les "relations" entre enseignants et élèves étaient "banalisées dans beaucoup d'écoles", a remarqué une chercheuse de HRW, Elin Martinez, lors d'une conférence de presse à Dakar.Elle a évoqué le chantage aux faveurs sexuelles sous peine de mauvaises notes ou de redoublement - le fléau des "notes sexuellement transmissibles (NST) qui vraiment touche beaucoup d'enfants, pas seulement au Sénégal, mais aussi dans la région de l'Afrique de l'Ouest et centrale". "Dans la région, il y a beaucoup de pays qui sont touchés par le même phénomène mais il faut commencer avec un pays, surtout un pays qui a le leadership, qui a un ministère qui a vraiment dit qu'il veut lutter pour les droits des filles, le droit à l'éducation", a expliqué Elin Martinez.Selon le rapport, qui salue néanmoins les efforts du Sénégal pour améliorer l'accès des filles à l'éducation, "l'ampleur et la prévalence des abus sexuels à l'égard des élèves ne sont pas connues de manière précise" mais les données chiffrées recueillies lors d'études montre que le phénomène est répandu, notamment de la part des enseignants.Bien que les faits soient potentiellement passibles de dix ans de prison, les cas sont rarement signalés et encore moins sanctionnés, déplore l'ONG."Human Rights Watch appelle le gouvernement du Sénégal à adopter une riposte nationale plus forte pour mettre fin à l'exploitation sexuelle, au harcèlement et aux abus dans les écoles", indique l'ONG, qui appelle à l'adoption d'une "politique interdisant spécifiquement toutes les formes de violence sexuelle à l'école".