Sénégal: inquiétude des Etats-Unis sur la corruption et une succession dynastique

Par La rédaction

PARIS (AFP)

Les Etats-Unis s'inquiètent des soupçons de corruption et de la volonté prêtée au président sénégalais Abdoulaye Wade d'imposer son fils pour lui succéder, même si Dakar est un partenaire "ouvert aux intérêts des Etats-Unis", selon des documents de WikiLeaks révélés jeudi.

Dans des mémos diplomatiques publiés jeudi soir par Le Monde, le Sénégal est dépeint comme "une démocratie faiblissante", dans laquelle Abdoulaye Wade, 84 ans, et son fils Karim cherchent à "ouvrir la voie à une succession présidentielle dynastique".

Les diplomates américains estiment que le président sénégalais ne s'attaque pas aux "problèmes urgents", comme le prix des produits de base, l'émigration des jeunes vers l'Europe, le chômage de masse.

Selon Le Monde, les télégrammes américains insistent beaucoup sur les soupçons de corruption.L'ambassadrice des Etats-Unis à Dakar, Marcia Bernicat, relate ainsi, dans un texte du 18 février 2010, un entretien avec le président sénégalais.

"L'impression selon laquelle la corruption est répandue est aujourd'hui devenue une réalité qui ne peut être combattue que par des mesures concrètes", dit-elle à son interlocuteur.

Mais la diplomate confie aussi son scepticisme.Le président Wade "va louvoyer entre des mesures et la poursuite de l'autorisation donnée à ceux qui sont habitués à se servir dans les caisses du gouvernement, de le faire afin de s'assurer que leur loyauté demeure intacte", affirme-t-elle.

"Les ressemblances frappantes entre le père et le fils dans ce domaine montrent que tous les deux continuent de sous-estimer l'importance de cette question pour les bailleurs de fonds et, de plus en plus, pour les électeurs", ajoute-t-elle.

Alors que l'élection présidentielle sénégalaise est prévue en 2012, un diplomate français cité par un télégramme de l'ambassade américaine à Paris, daté du 2 février 2010, juge "crédible" le scénario d'une élection anticipée, affirme Le Monde.

"Wade réalise que ni lui ni Karim ne peut gagner en 2012 sans une fraude massive que le pays et la communauté internationale ne pourraient supporter", note le mémo, citant ce diplomate français.

Les diplomates américains s'inquiètent à la fois de la réputation de Karim Wade, actuellement ministre de l'Energie."Karim est aujourd'hui surnommé +Monsieur 15%+ alors qu'au début de 2007, on l'appelait +Monsieur 10%+", notent-ils à propos des accusations de corruption.

Les mémos évoquent aussi l'ambition du président sénégalais d'obtenir le prix Nobel de la paix.Ils citent deux diplomates français selon lesquelles "il veut décrocher le prix Nobel et a plusieurs fois appelé le président Sarkozy pour demander son soutien".