Sénégal: pouvoirs du fils Wade renforcés, signal inquiétant pour l'opposition

5 octobre 2010 à 10h54 par La rédaction

DAKAR (AFP)

La nomination par le président sénégalais Abdoulaye Wade de son fils Karim au ministère de l'Energie qu'il cumule avec d'autres postes, est un signal inquiétant confirmant la volonté du chef de l'Etat d'en faire son successeur, jugeaient mardi presse et opposition à Dakar.

Cette nomination, annoncée lundi après plusieurs jours de manifestations spontanées de colère dans tout le Sénégal pour protester contre les innombrables coupures d'électricité, couplées à une pénurie de gaz, a fait l'effet d'une bombe dans un pays à la tradition démocratique bien ancrée.

Car Karim Wade, 42 ans, ministre d'Etat affublé par la presse privée du titre de "ministre de la terre, des airs et de la mer", tant ses fonctions sont vastes dans des secteurs clés (coopération internationale, transports aériens, infrastructures et désormais énergie), prend une ascendance qui dérange à un peu plus d'un an de l'élection présidentielle prévue début 2012.

Dans un éditorial intitulé "Karim, l'ogre !", le quotidien l'As (privé) écrit que "Wade junior devient de facto un président-bis" et s'interroge: "de quelles aptitudes managériales a fait preuve Karim Wade dans le secteur énergétique, si ce n'est son statut spécial de fils de chef de l'Etat, pour mériter le poste ?".

Le président Abdoulaye Wade, 86 ans, qui a incarné l'alternance grâce à son élection triomphale en 2000 après quarante ans de règne socialiste, réélu en 2007, a annoncé il y a un an son intention de se représenter en 2012 pour un troisième mandat.

Après sa réélection de 2007, il avait pourtant affirmé le contraire, précisant que la Constitution ne lui permettait pas de briguer un nouveau mandat.Il a récemment déclaré, pour justifier son revirement: "seuls les imbéciles ne changent pas d'avis".

Mais plusieurs analystes, hommes politiques et observateurs le soupçonnent de vouloir se faire réélire en 2012, pour ensuite passer les rênes à Karim qu'il est en train de préparer aux plus hautes fonctions en le nommant à des postes sensibles.

"Cette nomination ne fait que confirmer le projet de dévolution monarchique de Wade.Pour lui, il n'y a que son fils qui est capable", estime Hélène Tine, du parti d'opposition Alliance des forces de progrès (AFP).

Abdoulaye Bathily, de la Ligue démocratique, autre parti d'opposition, va plus loin en affirmant "qu'il n'y a pas de gouvernement au Sénégal, c'est Wade et sa famille qui gèrent tout.La dévolution est déjà installée".

Titulaire d'une maîtrise en sciences de gestion et d'un Diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS) en ingénierie financière, Karim Wade est un homme discret qui apparaît peu dans les medias et semble mal à l'aise au milieu des foules, contrairement à son père, orateur hors pair et charismatique.

Karim avait subi une lourde défaite aux élections municipale de mars 2009 à la mairie de Dakar, ayant même échoué dans le bureau de vote de son quartier.

Ce qui fait écrire à Guérane Tine, géographe et historien, dans une chronique publiée mardi par le Quotidien (privé): "le fils de son Excellence sait absolument que les Sénégalais n'ont aucune confiance en lui".

Seuls certains dirigeants des partis et organisations de la mouvance présidentielle saluent la nomination de Karim Wade à l'Energie, en remplacement de Samuel Sarr, devenu ministre d'Etat, conseiller financier à la présidence.

"C'est une bouffée d'air frais pour tous les usagers et les consommateurs de courant", a ainsi estimé Matar Guèye, de la Convergence autour du président pour le 21e siècle (CAP21), qui ajoute, à propos de Karim: "l'attitude la plus sage voudrait qu'on le laisse quand même faire ses preuves".