Sierra Leone: le programme de soins gratuits "défaillant", selon Amnesty

Par La rédaction

FREETOWN (AFP) - (AFP)

Le programme gouvernemental de soins de santé gratuits pour femmes et enfants lancé en avril 2010 en Sierra Leone est "défaillant" et souffre notamment de la corruption et d'un manque de suivi, estime Amnesty International dans un rapport publié mardi.

"Plus d'un an après le lancement du Programme de gratuité des soins, les femmes et les jeunes filles enceintes en Sierra Leone continuent de faire face à de graves difficultés pour accéder aux soins et aux médicaments vitaux lors de la grossesse et de l'accouchement", affirme Amnesty dans un communiqué à l'occasion de la publication de ce rapport intitulé "La politique des soins de santé gratuits en Sierra Leone à la croisée des chemins".

"Le système de santé demeure défaillant à plusieurs égards", déclare Erwin van der Borght, le directeur du programme Afrique de l'ONG dont le document se base sur des visites de terrain en 2010 et de nombreux entretiens en 2011.

D'un coût de 90 millions de dollars (64 millions d'euros), le programme de soins gratuits (Free Health Care Initiative, FHCI) concerne les femmes enceintes, les mères qui allaitent et les enfants de moins de cinq ans, soit 1,2 million de bénéficiaires, d'après des estimations officielles sierra-léonaises.

"Selon les chiffres du gouvernement, depuis la mise en place de cette initiative, le nombre de femmes qui bénéficient de soins prénataux et qui accouchent dans des centres de soins a augmenté.Toutefois, de nombreuses femmes continuent de payer des médicaments de base malgré la politique de gratuité des soins, et les femmes et jeunes filles vivant dans la pauvreté n'ont qu'un accès restreint aux soins essentiels lors de leur grossesse et de leur accouchement", explique M. van der Borght.

"Le système de santé pèche notamment par l'absence de mécanismes efficaces de suivi et d'obligation de rendre des comptes, sans lesquels ces réformes ne sauraient porter leurs fruits", ajoute-t-il.

Le gouvernement a entrepris des efforts notamment pour remédier aux problèmes, mais certaines personnes profitent "des lacunes du système de surveillance et d'obligation de rendre des comptes" pour en "exploiter les failles (...) et piller les médicaments de valeur", regrette-t-il.

Amnesty exhorte les autorités sierra-léonaises à procéder aux ajustements et réformes nécessaires "pour garantir que les femmes et les jeunes filles puissent avoir accès aux interventions médicales et à des recours effectifs en cas de violations de leurs droits fondamentaux".

"Ce n'est pas du tout un mauvais rapport car il est assez équilibré et se penche sur les mêmes questions que celles qui nous préoccupent", a réagi mardi un responsable au ministère de la Santé, Dr Kisito Daho, lors de la présentation du document à Freetown.

"Le gouvernement a pris certaines mesures importantes pour remédier aux lacunes (...).Le ministère de la Santé travaille à relever les défis" et "la tendance est à l'amélioration", a-t-il affirmé.

En juin, le président Ernest Bai Koroma avait ordonné une enquête sur la gestion du FHCI "en raison de nombreuses plaintes" reçues de femmes censées en bénéficier.Vols de médicaments, refus d'accorder des soins, rémunération réclamée en échange de soins faisaient partie des griefs faits aux personnels de santé.