Six mois après son indépendance, le Soudan du Sud plonge dans la violence

Par La rédaction

JUBA (AFP) - (AFP)

Six mois après l'euphorie de l'indépendance, le Soudan du Sud est confronté à de meurtrières violences interethniques alors que la route est encore longue et difficile pour construire un Etat dans ce pays pauvre d'Afrique.

Selon un responsable local, plus de 3.000 personnes ont été tuées dans des violences interethniques la semaine dernière dans la région de Pibor, une localité située dans l'Etat oriental de Jonglei.

Deux décennies de guerre d'indépendance avec les autorités de Khartoum ont laissé le sud du pays, devenu indépendant sous le nom de Soudan du Sud, complètement en ruines.Les armes y sont très nombreuses et le plus jeune Etat du monde est traversé par de profondes fractures ethniques.

Les régions riches en pétrole situées le long de la frontière, encore non définie, avec le Soudan sont en proie à la violence.Juba et Khartoum s'accusent mutuellement de soutenir des rebelles.Plusieurs analystes ont mis en garde contre une guerre totale.

Les difficiles négociations avec Khartoum sur l'indemnisation du passage du pipeline qui permet d'exporter le pétrole du sud (98% de son budget) sont enlisées.

Le sud, grand comme la péninsule ibérique mais dénué de toute infrastructure à l'exception des chefs-lieux, doit faire face à d'importantes divisions internes.

"Le problème le plus important est sans aucun doute celui de la sécurité" écrit Giorgio Musso, professeur à l'université de Gênes dans un article récent."De nombreuses perturbations internes récentes sont liées aux tensions récurrentes au sein du SPLM/A, le parti au pouvoir et son armée, qui impliquent des élites pourtant supposées les régler".

L'armée a vaincu plusieurs chefs rebelles, en tuant certains et en persuadant les autres de les rejoindre avec leurs hommes, même si elle est déjà forte de 100.000 hommes et elle-même encore divisée ethniquement.

Plusieurs groupes rebelles accusent le gouvernement de corruption, d'élections truquées et d'assurer la suprématie du groupe ethnique du président Salva Kii'r, les Dinka.

Le sud, indépendant depuis le 9 juillet dernier, a toujours accusé Khartoum de favoriser la guerre civile en livrant des armes à ces milices rebelles, ce que le nord a toujours nié.

Les tensions historiques entre groupes rivaux ont également été exacerbées par la guerre, alors que les structures traditionnelles de la société sont sérieusement remises en cause par une jeunesse qui s'est armée pour survivre.

"Le Soudan du Sud a une population traumatisée et habituée à utiliser la violence comme un moyen de régler ses contentieux, il y en a pour longtemps avant de changer d'attitude", observe un expert du Soudan, John Ashworth.

L'un des problèmes les plus délicats se situe à Jonglei, un Etat de l'est où la violence a entraîné la semaine dernière le déplacement de milliers de personnes et où les autorités locales ont avancé un bilan de près de 3.000 tués.

"La violence inter-communautaire que nous rencontrons n'est pas nouvelle explique Jeanne Henry de Human Rights Watch (HRW), mais les derniers évènements sont "un épisode particulièrement sérieux".

Selon l'ONU, ces violences ethniques et les vols de bétail à Jonglei avaient déjà fait plus de 1.100 victimes l'an dernier."L'Etat doit s'employer très vite à faire appliquer la loi dans les zones rurales", souligne Henry.

Depuis la fin de la guerre avec le nord en janvier 2005, les choses avancent mais lentement.La corruption rampante et le faible niveau des fonctionnaires ont aggravé les difficultés d'un Etat qui doit venir en aide à des centaines de milliers de réfugiés de retour du nord.

Ce pays, qui a un gros potentiel agricole et d'importantes réserves minières, à un "grand avenir", souligne Hashworth qui "rejette absolument" les descriptions d'un "Etat raté".C'est, selon lui "un nouveau et jeune Etat qui se développe lentement, manque d'expérience et d'infrastructure, mais a déjà accompli de grandes avancées et va toujours de l'avant".

"La violence à Jonglei et ailleurs est tragique, mais elle doit être relativisée du fait que de nombreuses personnes vivent en paix la plupart du temps", estime-t-il.