Somalie: Erdogan à la rencontre des victimes de la sécheresse à Mogadiscio

19 août 2011 à 14h38 par La rédaction

MOGADISCIO (AFP) - (AFP)

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a effectué vendredi à Mogadiscio une visite sans précédent, afin de sensibiliser la communauté internationale à la plus grave sécheresse en Somalie depuis deux décennies, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le chef de gouvernement turc est le premier responsable étranger de ce niveau à se rendre dans la capitale somalienne depuis le début de la guerre civile dans ce pays en 1991, exception faite d'une visite du président ougandais Yoweri Museveni en novembre dernier.

Le président américain George Bush avait effectué début janvier 1993 une visite express à Baidoa, une ville à 250 km à l'ouest de Mogadiscio particulièrement frappée par la famine, sans aller dans la capitale.

M. Erdogan a annoncé à cette occasion devant la presse que son pays "allait ouvrir une ambassade en Somalie" afin notamment de mieux pouvoir coordonner l'aide à ce pays.

"La tragédie qui se déroule ici est un test pour la civilisation et les valeurs contemporaines", a-t-il ajouté."Le monde occidental doit passer ce test avec succès, pour montrer que les valeurs occidentales ne sont pas qu'une réthorique creuse".

Le Premier ministre turc a promis que son pays allait "faire des investissements" en Somalie, dont la remise en état d'un hôpital, de la route reliant l'aéroport à la capitale, la constructions d'écoles et de puits.

Accompagné notamment de son épouse Emine et de quatre ministres, dont celui des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, Erdogan a été accueilli à son arrivée par le président somalien Sharif Cheikh Ahmed.

A l'aéroport de Mogadiscio, où est stationnée la force de l'Union africaine (Amisom) dont les 9.000 hommes protègent le fragile gouvernement de transition somalien, les deux hommes ont écouté les hymnes nationaux sur un podium revêtu d'un tapis rouge, derrière le drapeau rouge turc et bleu somalien.

M. Erdogan a ensuite effectué une visite en ville, pavoisée du drapeau turc et où les mesures de sécurité avaient été renforcées pour l'occasion.Il a rencontré à nouveau le chef d'Etat somalien à Villa Somalia, le palais présidentiel, puis a visité un hopital bénéficiant d'une aide turque, avant de quitter Mogadiscio en début de soirée.

La Turquie a déployé une grande activité humanitaire et diplomatique pour répondre à la sécheresse en Somalie, pays musulman comme elle, où 3,7 millions de personnes, soit la moitié de la population, a besoin d'une aide d'urgence.

Une réunion ministérielle extraordinaire de l'Organisation de coopération islamique, tenue mercredi à Istanbul à l'appel d'Ankara, a annoncé l'octroi immédiat d'une aide de 350 millions de dollars à la Somalie.

La Turquie a déjà envoyé quatre avions remplis de dizaines de tonnes de vivres et de médicaments destinés aux Somaliens.

"Nous sommes très reconnaissants au gouvernement et au peuple turcs pour leur assistance infatigable.Nous n'oublierons jamais qu'ils sont restés à nos côtés comme des amis en ce temps de désastre humanitaire", a déclaré le président somalien lors d'une conférence de presse.

Mogadiscio a été ces dernières années le théâtre de violents affrontements entre les troupes progouvernementales soutenues par l'Amisom et les insurgés islamistes shebab, jusqu'au retrait surprise de la capitale somalienne par ces derniers le 6 août.

Les shebab contrôlent toujours la plus grande partie du centre et du sud du pays, dont ils interdisent l'accès à de nombreuses agences humanitaires qu'ils accusent de visées politiques destinées à les affaiblir.

Le président américain George Bush avait effectué début janvier 1993 une visite express à Baidoa, une ville à 250 km à l'ouest de Mogadiscio particulièrement frappée par la famine qui ravageait à l'époque déjà la Somalie (plus de 200.000 morts au total), au point d'être surnommée "la cité de la mort".

M. Bush avait alors salué les troupes américaines arrivées le mois précédent dans le cadre de l'opération "Restore hope" pour protéger l'aide internationale dans une Somalie livrée à la guerre civile et aux pillages.Cette opération militaro-humanitaire s'était avérée un échec et les forces américaines avaient été contraints de se retirer après avoir perdu 18 hommes dans la bataille de Mogadiscio, les 3 et 4 octobre 1993.