Somalie: l'UA compte mobiliser de 8.000 à 10.000 soldats face aux islamistes

23 juillet 2010 à 11h47 par La rédaction

KAMPALA (AFP)

L'Union africaine espère mobiliser rapidement 8.000, voire 10.000 soldats en Somalie avec mission d'aller au combat contre les islamistes shebab, a annoncé vendredi un haut responsable de l'organisation, faisant état de l'envoi imminent d'un bataillon guinéen.

Le président de la Commission de l'UA s'exprimait à Kampala à l'avant-veille d'un sommet des chefs d'Etat de l'organisation panafricaine, qui doit décider de sa réponse à un double attentat revendiqué par les islamistes somaliens ayant fait 76 morts le 11 juillet dans la capitale ougandaise.

Indice de la recrudescence des combats dans la capitale somalienne Mogadiscio, deux soldats ougandais de la force de paix de l'UA en Somalie (Amisom) ont été tués et trois autres blessés dans des affrontements mercredi avec les shebab, qui se réclament d'Al-Qaïda, a annoncé vendredi à l'AFP le porte-parole de l'Amisom, Ba-Hoku Barigye.

"La Guinée est prête à envoyer immédiatement un bataillon (environ 800 hommes)", a annoncé Jean Ping à la presse, rendant compte des réunions préparatoires à ce sommet.

L'Amisom est actuellement composée de quelque 6.000 soldats -- 3.500 ougandais et 2.500 Burundais -- un effectif encore inférieur aux 8.000 militaires prévus lors de sa création début 2007.

Les six pays est-africains membres actuels de l'Igad (l'Autorité intergouvernementale pour le développement) ont déjà promis d'envoyer 2.000 soldats supplémentaires.Ils devraient pour la quasi totalité être Ougandais, estime-t-on de sources diplomatiques proches de l'UA.

"Nous allons très rapidement monter à plus de 8.000, qui est l'effectif maximum, et je crois que la tendance ira à monter peut-être au delà de 10.000 (soldats)", a assuré Jean Ping.

"Il y aura une montée en puissance rapide et ce n'est pas les menaces en cours qui vont empêcher ce déploiement", a-t-il poursuivi.

L'Amisom constitue le dernier rempart du très fragile gouvernement de transition somalien face aux attaques répétées des shebab à Mogadiscio.

Le gouvernement du président Sharif Cheikh Ahmed, élu début 2009, ne doit sa survie qu'à l'appui militaire de la force africaine qui protège notamment la présidence, le port et l'aéroport de Mogadiscio.

M. Ping a indiqué avoir également sollicité des renforts de la part de l'Afrique du Sud.Le Nigeria a de son côté promis de longue date des renforts, mais sans s'engager sur une date.

Le sommet de l'UA va également demander un renforcement du mandat de l'Amisom et des moyens accrus sur le terrain, a indiqué M. Ping.

L'Union africaine souhaite "une extension du mandat (de l'Amisom) qui partirait du chapitre VI au chapitre VII" de la charte des Nations Unies."Avec le passage à des éléments du chapitre VII, si ces demandes sont autorisées, nos troupes vont attaquer" les islamistes, a poursuivi le président de la Commission de l'UA.

Le mandat actuel de l'Amisom, entériné par le Conseil de sécurité de l'ONU, n'autorise ses soldats qu'à utiliser la force en cas de légitime défense ou pour protéger les institutions du gouvernement transitoire somalien.

L'UA va également demander aux pays donateurs davantage de matériel, et notamment 5 hélicoptères de combat, selon M. Ping.

La Somalie risque d'eclipser les autres sujets du sommet de l'UA, prévu de dimanche à mardi et qui aurait autrement été dominé par la situation au Soudan, avec le référendum en janvier prochain dans le sud du pays sur l'indépendance, et la nouvelle inculpation par la Cour pénale internationale du président Béchir, cette fois-ci pour génocide.

Réitérant la position de l'UA, M. Ping a de nouveau dénoncé "ce qui semble être un acharnement sur l'Afrique" de la part de la CPI, reprochant à cette juridiction de privilégier le seul aspect juridique au détriment de la recherche de la paix au Soudan.