Somalie: le Premier ministre démissionne sur fond de crise avec le président

21 septembre 2010 à 11h09 par La rédaction

MOGADISCIO (AFP)

Le Premier ministre somalien, en crise ouverte avec le président Cheikh Sharif Ahmed, a démissionné mardi pour mettre fin aux divisions actuelles à la tête du très affaibli gouvernement de transition, plus que jamais menacé par les insurgés shebab.

"Je démissionne de mes fonctions de Premier ministre du TFG, étant dans l'incapacité de travailler avec le président" du TFG Cheikh Sharif Ahmed, a annoncé M. Sharmarke à des députés à Mogadiscio.

"J'ai pris cette décision dans l'intérêt de la Nation et à un moment critique", a-t-il expliqué, demandant à ses ministres "de travailler avec le président et le parlement somalien".

Cette démission met apparemment fin à une interminable crise à la tête du TFG, dont s'étaient récemment inquiété l'ONU et l'Union africaine (UA), et qui paralyse depuis des mois l'activité d'un gouvernement soutenu à bout de bras par la communauté internationale et dont l'autorité se limite à quelques quartiers de Mogadiscio.

Elle intervient une dizaine de jours après une violente offensive des shebab dans la capitale, qui a vu la déroute des forces pro-gouvernementales, sauvées in extremis par la contre-attaque des 7.200 soldats ougandais et burundais de la force de paix de l'Union africaine (Amisom).

La situation n'en demeure pas moins très précaire dans Mogadiscio, où, malgré des avancées de l'Amisom, les insurgés menacent de couper un axe stratégique vital, l'avenue Maka al-Mukarama qui relie le port à l'aéroport.

M. Sharmarke s'opposait au président Sharif Ahmed sur trois principaux sujets: la future Constitution, la sécurité, et la fin de la période de transition, avait expliqué M. Sharmarke dimanche à l'AFP.

"Ce n'est un secret pour personne que nous ne nous rencontrons plus", avait-il reconnu, à propos de ses relations avec le chef de l'Etat.

Le président Sharif rend en particulier son Premier ministre responsable de la débandade des forces pro-gouvernementales lors de l'offensive shebab.

Leur querelle porte également sur le projet de Constitution en cours de rédaction et ses modalités d'adoption, le président Sharif défendant une adoption par référendum, tandis que M. Sharmarke juge la tenue d'une telle consultation impossible étant donnée la situation sécuritaire et souhaite qu'elle soit ratifiée par le parlement.

Cette Constitution doit remplacer l'actuelle "Charte de transition", avec la mise en place de nouvelles institutions, alors que le mandat du TFG s'achève en théorie en février prochain.

Selon cette charte, le chef de l'Etat, le Premier ministre et le président du parlement doivent être issus des trois principaux clans du pays, notamment les Hawiye et les Darod.

Depuis plusieurs jours, le parlement, avec à sa tête le très influent président Cheikh Aden Mohammed Nur Madobe, tentait de se réunir pour un vote de confiance au Premier ministre.

En mai, l'assemblée s'était déjà prononcée en faveur de la démission de M. Sharmarke, qui avait rejeté ce vote "anticonstitutionnel" et refusé de quitter ses fonctions.

Le profil de M. Sharmarke, 50 ans, de nationalité somalo-canadienne et ancien employé de l'ONU en Sierra Leone, contrastait avec celui du président Sharif, professeur de géographie et leader islamiste.

Son père, Abdirashid Ali Sharmarke, a été le dernier président démocratiquement élu de Somalie et a été assassiné en octobre 1969.

Les shebab, qui se réclament d'al-Qaïda, contrôlent la quasi-totalité du centre-sud de la Somalie, face au TFG qu'ils accusent d'être un "gouvernement apostat" et avec lequel ils refusent toute négociation.