Somalie: les forces pro-gouvernementales prennent un nouveau bastion aux shebab

Par La rédaction

Mogadiscio (AFP)

L'armée somalienne et la force de l'Union africaine en Somalie (Amisom) se sont emparé d'un bastion des islamistes shebab dans le sud du pays, leur deuxième prise aux insurgés affiliés à Al-Qaïda en moins d'une semaine.

Cette prise s'inscrit dans le cadre d'une offensive lancée la semaine dernière par l'Amisom impliquant des forces éthiopiennes et kényanes et visant à déloger les shebab des zones rurales du sud du pays.Selon des témoins, l'opération, appelée "Jubba Corridor", a déjà fait de nombreuses victimes civiles, prises au milieu des combats.

"Nos forces ont pris le contrôle de Dinsor, et les insurgés ont fui après avoir perdu la bataille (...) les soldats mènent en ce moment une opération pour sécuriser la ville", a déclaré vendredi le ministre somalien de la Défense, le général Abdulkadir Sheikh Ali Dini, à des journalistes.

La chute de Dinsor intervient après celle, mercredi, d'une localité voisine, Bardhere, prise par l'Amisom.Ces bastions, à quelque 350 km à l'ouest de la capitale Mogadiscio, étaient parmi les derniers tenus par les islamistes.

Des témoins ont confirmé la prise de Dinsor par des soldats somaliens appuyés par un contingent éthiopien de l'Amisom.Ils ont de leur côté affirmé que les shebab avaient fui avant même l'arrivée des troupes pro-gouvernementales.

"La plupart des habitants ont fui, Dinsor ressemble à une ville morte", a commenté l'un d'eux, Mohamed Added, confirmant que les troupes gouvernementales contrôlaient désormais les lieux."Il reste très peu de gens, la plupart sont des personnes âgées".

 

- 'Tuerie' -

 

Depuis le début de l'opération "Jubba Corridor", des chefs locaux de cinq villages de la région de méridionale de Bakool ont de leur côté fait état de dizaines de civils tués.

"Le nombre de civils tués que nous avons recensés jusqu'à maintenant s'élève à plus de 50, mais il y a encore beaucoup de portés disparus", a affirmé l'un d'eux, Adbulahi Isgowe."Nous n'avons jamais assisté à une telle tuerie avant".

"J'ai enterré 21 victimes de mes propres mains près de Burhduhule et nous avons envoyé des gens pour aider à enterrer les autres", a renchéri Adbulahi Mohamed, un autre chef local.

Le gouverneur de Bakool, Mohamed Abdi, s'est dit "désolé pour les pertes civiles", tout en affirmant n'avoir lui-même aucune information sur ce qu'il s'était passé sur le terrain, les "réseaux téléphoniques" étant coupés.

L'Amisom, accusée dès mardi d'avoir tué des civils lors d'affrontements dans le port de Merka, a elle réfuté la mort de "plusieurs" civils.

A la tête d'une insurrection armée depuis 2007, les shebab ont juré la perte des fragiles autorités somaliennes. 

Largement vaincus par la puissance de feu supérieure de l'Amisom (un peu plus de 20.000 hommes) qui épaule l'embryon d'armée somalienne, les shebab ont été chassés depuis août 2011 de Mogadiscio puis de la quasi-totalité de leurs bastions du sud et du centre de la Somalie.

Ils continuent néanmoins de contrôler de larges zones rurales et ont abandonné le combat conventionnel pour des actions de guérilla et des attentats-suicides, notamment dans la capitale somalienne.

Les insurgés ont aussi multiplié les attaques hors de Somalie, en particulier sur le sol kényan, menant notamment de spectaculaires assauts contre un centre commercial de Nairobi (Westgate, 67 morts en septembre 2013) et une université du nord-est (Garissa, 148 morts en avril 2015).

La Somalie est privée de réel Etat central depuis la chute en 1991 de l'autocrate Siad Barre, qui l'a plongée dans le chaos et livrée aux milices claniques, bandes criminelles et groupes islamistes.