Somalie: les shebab empêchent les hommes de fuir le sud frappé par la famine

5 août 2011 à 7h24 par La rédaction

DADAAB (Kenya) (AFP) - (AFP)

Harcèlement, brimades, vols, retours forcés voire enrôlements, les hommes qui parviennent jusqu'au camp de réfugiés de Dadaab, dans l'est du Kenya, accusent les insurgés islamistes shebab de tout faire pour les empêcher de quitter les régions de Somalie touchées par la famine qu'ils controlent.

"Ils m'ont capturé et m'ont frappé", explique à l'AFP Ibrahim Nor qui affirme avoir été attaqué par les shebab à chacune de ses trois premières tentatives de fuite.Avant finalement de traverser la frontière.

"Ils m'ont dit qu'ils feraient de moi un milicien et que si je refusais, ils me tueraient", rapporte le jeune homme de 20 ans, qui est arrivé nu au camp de Dadaab, dépouillé de ses vêtements en chemin.

Environ 1.300 Somaliens arrivent quotidiennement à Dadaab, le plus grand complexe de réfugiés au monde avec ses quelque 400.000 personnes.Pour le seul mois de juillet, Dadaab a enregistré 40.000 nouveaux arrivants, un record en 20 ans, selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Mais 80% des arrivants sont des femmes et des enfants, selon l'agence de l'ONU pour l'enfance (Unicef).Quant aux hommes, nombre d'entre eux sont âgés.

"Les milices tentent de recruter les jeunes hommes", assure Adan Ali, 80 ans, qui vient d'arriver dans le camp.

"Nous étions en train de quitter notre région (...) quand des hommes en armes sont venus et nous ont dits que nous ne pouvions pas partir", relate-t-il.

"Je suis sorti de la voiture, je me suis mis à marcher et je leur ai dit: +tuez-moi, tuez-moi+, et ils m'ont laissé partir", explique Ali, qui a mis plusieurs semaines pour traverser la frontière et atteindre le camp.

Les shebab ont juré la perte du gouvernement de transition du président Sharif Cheikh Ahmed, soutenu à bouts de bras par la communauté internationale.

"J'ai essayé de fuir mais les shebab m'ont dit de repartir d'où je venais", témoigne Suliman Saïd, 35 ans.

"J'ai alors pris un itinéraire différent mais j'ai de nouveau été capturé.Ils m'ont gardé pendant sept jours jusqu'à ce que je leur dise que j'étais d'accord avec eux et je suis rentré chez moi", ajoute Suliman, qui a fini par prendre la route de nuit pour échapper aux contrôles.

La Somalie est le pays le plus touché par la sécheresse qui affecte l'ensemble de la Corne de l'Afrique.Quelque 3,7 millions de Somaliens, soit la moitié de la population, nécessitent une assistance humanitaire.

Au total, quatre zones du sud de la Somalie et la population de déplacés de Mogadiscio ont été déclarées en état de famine par l'ONU qui redoute d'ici peu une propagation de la famine à l'ensemble du sud somalien, sous contrôle des shebab, hormis quelques poches.

Ces derniers sont accusés de contribuer à l'aggravation de la crise en refusant toujours l'accès de leur territoire à de nombreuses ONG et aux agences humanitaires de l'ONU, précipitant la fuite des habitants vers les camps de réfugiés au Kenya et en Ethiopie.

Les femmes arrivent dans ces camps souvent sans leurs époux.

"J'ai laissé mon mari derrière.Nous avons été pris au milieu d'une fusillade et nous nous sommes retrouvés séparés.Je ne sais pas s'il est encore en vie", témoigne Habiba Gurow, 40 ans.

La très faible représentation des hommes parmi les sinistrés est encore plus criante côté éthiopien.

Dans la ville somalienne de Dollow, point de transit de réfugiés pour l'Ethiopie, un correspondant de l'AFP n'a vu qu'une poignée d'hommes disséminés dans une longue file d'attente d'un centre de distribution de nourriture.

"Moins de 2% des personnes ici sont des hommes", assure Adan Shiek, de l'ONG somalienne Cafdro."Vous pouvez le constater par vous-même: ils ne viennent pas".