Sommet de l'Igad à Djibouti, consacré à l'Ethiopie, au différend Kenya-Somalie

20 décembre 2020 à 18h00 par AFP

AFRICA RADIO

Les dirigeants des pays de l'Igad, groupement de sept pays de l'Est africain, sont réunis dimanche à Djibouti pour un sommet extraordinaire consacré notamment à la situation en Ethiopie et aux récentes tensions entre Kenya et Somalie.

L'Autorité intergouvernementale pour le Développement (Igad) regroupe Djibouti - où elle a son siège - l'Ethiopie, le Kenya, l'Ouganda, la Somalie et le Soudan, ainsi que l'Erythrée mais celle-ci a suspendu sa participation depuis 2007.Le Sommet vise à "discuter des processus de paix et de sécurité en cours au Soudan, Soudan du Sud, Ethiopie et Somalie", a déclaré dans un discours prononcé avant la session à huis clos, le Premier ministre soudanais Abdalla Hamdok, président en exercice de l'Igad, cité par la présidence kényane dans un communiqué.Outre M. Hamdok, participent au Sommet les présidents djiboutien Ismail Omar Guelleh, kényan Uhuru Kenyatta, somalien Mohamed Abdullahi et le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed.Le Soudan du Sud est représenté par sa vice-présidente Rebbeca Garang et l'Ouganda par son ambassadrice Rebecca Otengo. Le président de la Commission de l'UA, Moussa Faki Mahamat, invité au Sommet, a appelé les membres de l'Igad à aider l'Ethiopie face à la crise humanitaire déclenchée par le récent conflit dans la région dissidente du Tigré.Prix Nobel de la paix 2019, M. Abiy y a envoyé le 4 novembre l'armée fédérale pour remplacer les autorités régionales par des "institutions légitimes". Les dirigeants tigréens, issus du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), parti qui a durant près de 30 ans détenu le pouvoir réel à Addis Abeba, défiaient le gouvernement fédéral depuis plusieurs mois."En Ethiopie, le gouvernement fédéral a pris des mesures fortes pour préserver l'unité, la stabilité et faire respecter l'ordre constitutionnel du pays, ce qui est légitime pour tous les Etats", a déclaré Moussa Faki Mahamat."On ne peut nier cependant que la crise au Tigré a provoqué un déplacement à grande échelle" de populations, a-t-il souligné.M. Abiy a proclamé la fin des combats le 28 novembre, avec la prise de la capitale régionale Mekele, mais la région reste largement coupée du monde et l'ONU presse le Premier ministre de laisser les organisations humanitaires y accéder.Abdalla Hamdok avait évoqué mi-décembre une prochaine réunion de l'Igad sur le sujet, sans qu'elle soit confirmée à Addis Abeba où M. Abiy n'a cessé d'écarter toute médiation au Tigré, mettant en avant une "affaire interne" à l'Ethiopie.Moussa Faki Mahamat a également appelé le Kenya et la Somalie "au dialogue pour reprendre leurs relations" diplomatiques, rompues le 15 décembre par Mogadiscio, après des mois de tensions croissantes entre les deux voisins, la Somalie accusant le Kenya d'ingérences.Le Kenya est un des principaux contributeurs de troupes de l'Amisom, la Mission de l'UA en Somalie qui lutte contre les islamistes radicaux shebab, affiliés à Al-Qaïda, et soutient le fragile gouvernement somalien, lequel ne contrôle qu'une partie du territoire somalien.L'un des principaux contentieux entre les deux pays se situe au Jubaland, Etat du Sud de la Somalie, frontalier du Kenya qui le considère comme une zone-tampon entre son territoire et les shebab, et soutient le président régional, Ahmed Madobe.Parmi les autres priorités de la région, le chef de l'UA a aussi cité le processus de paix au Soudan du Sud qui "nécessite des efforts plus importants des acteurs nationaux et dans la région pour défendre les progrès accomplis".Au Soudan également, où des milliers de personnes ont manifesté samedi, frustrées par l'absence de changement au 2e anniversaire de la révolution ayant renversé l'autocrate Omar el-Béchir, "les acteurs civils et militaires" doivent "travailler ensemble pour satisfaire les aspirations légitimes du peuple soudanais", a estimé Moussa Faki Mahamat.