Sommet UE-Afrique à Tripoli, sans Béchir, pour discuter partenariat

Par La rédaction

TRIPOLI (AFP)

Quatre-vingt dirigeants européens et africains se réunissent lundi à Tripoli pour discuter d'un nouveau partenariat "d'égal à égal" entre les deux continents, finalement sans le président soudanais Omar el-Béchir dont l'absence a permis d'éviter un casse-tête diplomatique.

Le sommet qui doit commencer vers 12H00 locale (10H00 GMT) au centre de conférences Rexos à Tripoli doit discuter notamment de développement économique, d'énergie et de paix et sécurité et adopter un programme de partenariat pour les trois prochaines années.

Grands absents de ces retrouvailles lundi et mardi, les dirigeants des trois grandes puissances européennes (France, Allemagne et Grande-Bretagne) ont préféré ne pas faire le déplacement à Tripoli.

Mais ils ne précisent pas si leur absence était motivée par une éventuelle participation du président soudanais sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) et qui a annoncé en dernière minute qu'il renonçait à se rendre à Tripoli.

M. Béchir qui avait été invité à la réunion par le numéro un libyen Mouammar Kadhafi, "ne participera pas à ce sommet.Nous nous retirons donc de la réunion et le Soudan ne sera représenté à aucun niveau", a déclaré le ministre soudanais des Affaires étrangères, Ali Karti, à la veille du sommet. Le président soudanais a décidé de ne pas prendre part au sommet "pour ne pas mettre Tripoli dans l'embarras", a-t-il dit, faisant état de "pressions européennes".

M. Béchir est sous le coup d'un mandat d'arrêt de la CPI depuis mars 2009 pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour, région de l'ouest du Soudan en proie depuis sept ans à une guerre civile complexe.La CPI a ajouté cette année des charges pour génocide contre lui.

Dans une déclaration écrite transmise à l'AFP, le président el-Béchir a prévenu dimanche que "les conclusions de ce sommet n'engagent pas le Soudan, qui conserve son droit à prendre des mesures et des positions appropriées afin de faire valoir sa souveraineté".

Il a au passage dénoncé "l'hyprocrisie" et la "mentalité coloniale" des pays européens qui l'exhortent à mettre en oeuvre l'accord de paix ayant mis fin en 2005 à plus de deux décennies de guerre civile Nord-Sud, tout en "sapant sa légitimité".

La position européenne "est à la fois une attaque contre l'Union africaine et une attaque contre le Soudan, et elle mine aussi l'idée d'un dialogue et d'une coopération vraie entre l'Afrique et l'Europe", a-t-il poursuivi.

L'UE avait demandé à la Libye des assurances que M. Béchir n'allait pas participer au sommet, selon des sources diplomatiques européennes.

Hormis le dossier soudanais, les relations entre l'Afrique et l'Europe sont toujours aussi complexes, voire sensibles, près d'un demi-siècle après les indépendances, et des contentieux sur des questions épineuses comme l'immigration ou le commerce pourraient éclater au grand jour au cours du 3e sommet entre les deux continents après ceux du Caire (2000) et Lisbonne (2007).

Six grands thèmes ont été choisis pour le sommet de Tripoli: intégration régionale, énergie et changement climatique, agriculture, paix et sécurité, gouvernance et droits de l'Homme et migration et emploi.

Ils devraient être au centre d'un plan d'action (2011-2012) définissant les partenariats prioritaires à mettre en oeuvre dans les trois ans.

Alors que l'Europe reste le premier partenaire commercial de l'Afrique, elle subit de plein fouet la concurrence de puissances émergentes, la Chine en tête.

Elle piétine encore pour finaliser des accords de partenariat économique avec le continent noir, devant une opposition farouche des pays africains, qui dénoncent un "forcing" européen et refusent d'ouvrir leurs frontières aux produits européens au risque de fragiliser encore leurs économies et réduire leurs revenus douaniers.