Soudan: arrestation de manifestantes opposées aux coups de fouet

Par La rédaction

KHARTOUM (AFP)

Les autorités soudanaises ont interpellé mardi une trentaine de femmes qui voulaient manifester à Khartoum contre le sort d'une femme fouettée par des policiers et dont les images circulent sur internet, selon un journaliste de l'AFP.

Elles ont été appréhendées par la police et les services de sécurité en fin de matinée dans le centre-ville de la capitale, aux abords du ministère de la Justice et emmenées au commissariat de Khartoum-Nord où elles sont restées en cellule pendant plusieurs heures avant d'être relâchées.

"Elles ont été accusées en vertu des articles 67, 68, 69 et 77 du code criminel soudanais", soit trouble à l'ordre public et entrave au travail des forces de l'ordre, a déclaré leur avocat Kamal Omar.

Des policiers, ou des agents des services de sécurité, ont par ailleurs donné un coup de pied au correspondant permanent de la BBC, qui est tombé, et lui ont confisqué son microphone et son enregistreur.

Les manifestantes souhaitaient transmettre une lettre au ministère pour dénoncer le sort d'une femme fouettée en pleine rue avec vigueur par des policiers soudanais et dont les images chocs ont fait le tour du monde via le site internet YouTube.

La vidéo montre une jeune femme, vraisemblablement soudanaise, agenouillée, criant et gémissant alors que des hommes vêtus de l'habit bleu poudre traditionnel des policiers soudanais la fouettent de la tête aux pieds.

On ignore pour quelle raison elle a été fouettée.Le pouvoir judiciaire a annoncé lundi l'ouverture d'une enquête sur cette affaire.Il était possible mardi de visionner la vidéo controversée à partir d'un serveur internet basé à Khartoum, la capitale soudanaise.

Différents articles du code pénal soudanais de 1991, imposé deux ans après le coup d'Etat d'Omar el-Béchir, soutenu par les islamistes, prévoient des coups de fouet contre les comportements jugés "indécents".

"Cette femme a été punie en vertu de la charia, la loi islamique, mais il y a eu une erreur dans la manière dont la peine a été infligée", a déclaré à la chaîne privée Nil Bleu, Abdel Rahmane al-Khidir, gouverneur de l'Etat de Khartoum et haut responsable du parti du Congrès national au pouvoir.

"Nous ne permettrons pas à qui que ce soit d'utiliser cette affaire à des fins politiques", avait-il toutefois prévenu.