Soudan du Sud: des ONG prises pour cibles, des humanitaires évacués

Par AFP

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Près de 30 travailleurs humanitaires ont été évacués "pour leur sécurité" d'une zone reculée du nord du Soudan du Sud, à la suite de menaces et d'une attaque jeudi, a annoncé vendredi le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha).

La tension n'a cessé de croître ces dernières semaines dans la localité de Renk, proche de la frontière avec le Soudan, des groupes de jeunes habitants reprochant aux organisations humanitaires opérant sur place ne pas employer des Sud-soudanais originaires de leur région, a expliqué en substance Ocha dans un communiqué.Jeudi, un entrepôt appartenant à l'ONG suisse Medair a été incendié par des jeunes en colère, ont rapporté des responsables locaux et des témoins."Ils sont venus, ont brûlé l'entrepôt de Medair et sont repartis. Il n'y a pas eu d'arrestations", a indiqué Benykeng Ajak Pal, le directeur à Renk de la Commission d'assistance et de réhabilitation, une agence gouvernementale.Les jeunes locaux avaient auparavant intimé aux ONG l'ordre de se plier à leur demandes ou de quitter la zone, a précisé le chef par intérim d'Ocha au Soudan du Sud, Mohamed Ag Ayoya."Menacer des travailleurs humanitaires et les contraindre de suspendre leurs activités provoque des retards dans la distribution d'une aide tellement nécessaire aux populations les plus vulnérables, et c'est inacceptable", a ajouté Mohamed Ag Ayoya.Les violences à Renk s'inscrivent dans un contexte de recrudescence des attaques contre des humanitaires et leurs convois dans d'autres régions du Soudan du Sud, pays qui tente de sortir d'une guerre civile débutée fin 2013 et qui a fait quelque 380.000 morts.Mardi, les représentants de l'Union européenne, des Etats-Unis, du Royaume-Uni et du Canada avaient condamné dans un communiqué conjoint l'inquiétante détérioration des conditions pour les humanitaires dans le pays."Pour la seule année 2020, 14 travailleurs humanitaires ont perdu la vie, ce qui fait que le Soudan du Sud demeure l'un des endroits les plus dangereux pour travailler en tant qu'humanitaire", dénonçait le communiqué, rappelant que de telles attaques constituaient des violations du droit international.Le Soudan du Sud a sombré dans la guerre civile en décembre 2013 lorsque le président Salva Kiir, un Dinka, a accusé Riek Machar, son ex-vice-président, membre de l'ethnie nuer, de fomenter un coup d'Etat.Après plusieurs tentatives infructueuses, un accord de paix a été signé en septembre 2018, qui a débouché sur la formation d'un gouvernement d'union en mars 2020, avec le retour de M. Machar comme vice-président. La mise en oeuvre de certains points-clés de l'accord de paix demeure toutefois très laborieuse.