Soudan du Sud: l'armée contrôle une ville en proie à un conflit tribal

Par La rédaction

JUBA (AFP) - (AFP)

L'armée a rétabli la sécurité dans une ville de l'est du Soudan du Sud d'où des milliers d'habitants fui la vendetta d'une tribu rivale, faisant craindre une "somalisation" du plus jeune Etat du monde.

Quelque 6.000 jeunes hommes armés de la tribu des Lou Nuer ont marché ces derniers jours sur Pibor, une localité de la tribu des Murle, dans la province de Jonglei, qu'ils accusent d'avoir dérobé leur bétail.

Ils ont au passage brûlé des huttes et pillé un hôpital de Médecins sans frontières (MSF) et plusieurs dizaines de personnes pourraient avoir été tuées.

Craignant "une tragédie", le gouvernement et la force de maintien de la paix de l'ONU au Soudan du Sud avaient annoncé lundi l'envoi de renforts dans la région.

Selon le ministre sud-soudanais de l'information, Barnaba Marial Benjamin, Pibor était mardi "sous le contrôle total du gouvernement"."On a ordonné au Lou Nuer de retourner chez eux, ce qu'ils commencent à faire", a-t-il ajouté.

Les conflits interethniques ont été exacerbés dans ce pays par deux décennies de guerre civile entre le nord et le sud du Soudan, qui a abouti l'été dernier à l'indépendance du Soudan du Sud mais a nourri les inimitiés historiques entre les différentes tribus et fourni des armes aux habitants.

Selon Lise Grande, coordinatrice de l'action humanitaire de l'ONU dans le pays, "probablement bien plus de 20.000" personnes se sont enfuies ces derniers jours pour se cacher dans le bush "afin de sauver leur peau et de se mettre en sécurité".

Même s'il était encore difficile d'établir un bilan, plusieurs responsables craignent que des dizaines de personnes aient été tuées.Les Nations unies ont transporté des blessés vers la capitale Juba.

Mais pour le ministre de l'Information, ce conflit va être résolu."Le Soudan du Sud n'est pas, et ne deviendra pas, une réplique de la Somalie", a-t-il assuré.

Après le pillage de l'hôpital de Pibor et d'une clinique dans le village voisin de Lekongol, deux établissements gérés par MSF, il ne reste qu'un centre de santé pour toute la zone, peuplée de quelque 160.000 personnes.

Or, plus la population tarde à sortir de la brousse, plus la situation "s'aggravera pour les personnes blessées ou malades", a prévenu Parthesarathy Rajendran, chef de mission de l'ONG au Soudan du Sud.

"Ils ont fui en toute hâte, sans eau ni nourriture, certains d'entre eux ayant sûrement des blessures ou des lésions.Et maintenant ils sont seuls et se cachent, hors de portée de toute aide humanitaire", a-t-il déploré dans un communiqué.

MSF a suspendu temporairement ses opérations, les violences obligeant l'organisation à évacuer son personnel expatrié et provoquant la fuite de la quasi-totalité des employés locaux, mais se dit prêt à fournir "des soins d'urgence aussi vite que possible."

Les violences interethniques, les attaques de campements pour voler le bétail et les représailles ont fait plus de 1.100 morts dans l'Etat de Jonglei et forcé quelque 63.000 personnes à quitter leur domicile l'an dernier, selon un rapport des Nations unies.

Fin décembre, un groupe se faisant appeler l'Armée blanche de la jeunesse Nuer avait, dans un communiqué, promis "d'éradiquer totalement la tribu Murle (...), seule façon d'assurer la sécurité à long terme du bétail Nuer".

Il accuse les Murle d'attaquer leurs troupeaux et de tuer les Nuer depuis 2005, année de la signature d'un accord de paix qui a mis fin à la guerre civile entre le nord et le sud du Soudan.