Soudan du Sud: le chantier de l'armée unifiée fait du sur-place

Par AFP

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L'envoyé spécial des Nations unies au Soudan du Sud, David Shearer, a dénoncé mardi l'impasse dans laquelle se trouve la formation d'une armée unifiée, un des piliers de l'accord de paix de 2018, lors d'une conférence de presse à Juba.

En vertu de cet accord, les combattants - ex-rebelles et soldats de l'armée régulière - doivent être cantonnés dans des casernes pour y recevoir un entraînement et former les rangs d'une nouvelle armée nationale censée, à terme, compter 83.000 hommes."Il n'y a pratiquement eu aucune avancée sur les points critiques de la réforme du secteur de la sécurité", a déploré M. Shearer.Le responsable onusien a expliqué que les troupes qui avaient rejoint des cantonnements prévus pour leur formation étaient en train de les déserter, faute de nourriture notamment."A l'heure actuelle, le processus est enlisé. Nous n'avons même pas passé le stade 1 au cours duquel les troupes doivent être entraînées (...) Des actions urgentes sont requises", a plaidé M. Shearer."A cause du manque de nourriture et de logistique et d'autres choses (...), les soldats ont commencé à repartir et cela est inquiétant car ils sont désabusés, ce qui peut déboucher sur de la frustration et de la colère et potentiellement sur plus de violence", s'est-il inquiété.L'envoyé spécial a également dénoncé l'attitude de l'armée gouvernementale qui, à plusieurs reprises ces derniers mois, a empêché les Casques bleus de se déployer dans des zones en proie à des violences et dans lesquelles les habitants avaient besoin de protection.M. Shearer a cité l'exemple, le mois dernier, de 92 Casques bleus empêchés par l'armée de prendre position à Lobonok (110 km au sud-est de Juba) à la suite de combats entre l'armée gouvernementale et le groupe rebelle du Front national du salut (NAS) de l'ancien général Thomas Cirillo.L'accord de paix de septembre 2018, dont le NAS n'est pas signataire, a débouché sur la formation d'un gouvernement d'union nationale en mars 2020. Depuis, le Soudan du Sud se remet péniblement d'une guerre civile qui a fait en six ans plus de 380.000 morts et provoqué une crise humanitaire catastrophique.