Soudan du Sud: les dissensions s'accentuent dans le parti du vice-président Machar

12 août 2021 à 12h47 par AFP

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Les dissensions s'accentuent dans le parti du vice-président du Soudan du Sud, Riek Machar, avec les démissions jeudi du vice-président et de sept autres responsables pour rejoindre un groupe dissident, qui fragilisent la position de cet acteur-clé de la stabilité du pays.


Rebelle historique, Riek Machar est le principal opposant au président Salva Kiir, avec qui il s'est livré entre 2013 et 2018 à une sanglante guerre civile qui a fait près de 400.000 morts et des millions de déplacés.Selon un accord de paix, les deux hommes participent au pouvoir dans un gouvernement d'union nationale.

Mais le 4 août, plusieurs rivaux au sein de son mouvement ont annoncé dans un communiqué la destitution de Machar de ses fonctions à la tête du parti SPLM-IO et de son appareil militaire, le SPLA-IO.

Ce communiqué affirmait que Machar avait "totalement échoué" à représenter leurs intérêts et proclamait Simon Gatwech, un des leaders du SPLA-IO, dirigeant par interim du mouvement.

Les partisans de M. Machar ont démenti cette annonce vendredi dernier, dénonçant un "putsch raté".

Le lendemain, des affrontements armés entre combattants des deux camps ont fait au moins 32 morts dans l'état du Haut-Nil, dans le nord du pays.Les deux camps, qui se rejettent mutuellement la responsabilité des combats, ont depuis annoncé un cessez-le-feu temporaire.

Jeudi, Henry Odwar, vice-président du mouvement et également ministre des Mines, a annoncé sa démission du SPLM-IO, en compagnie de sept autres dirigeants, après avoir dit mercredi soir qu'il quittait le gouvernement.

"Nous (...) donnons nos bénédictions à la direction par interim du lieutenant-général Simon Gatwech Dual et de son équipe", déclarent M. Odwar et les autres démissionnaires dans un document consulté par l'AFP.

Le texte accuse Machar de gérer "tout seul" le parti, en tenant à l'écart ses instances dirigeantes.Ces démissions sont destinées à "guider le mouvement et tracer une voie plus démocratique et centrée sur le peuple", ajoute-t-il.

- "Partenaire faible" -

Depuis l'accord de paix de 2018, Machar fait face à une opposition grandissante au sein du SPLM-IO, où s'opposent de multiples factions et où certains cadres se sont plaints d'avoir perdu au change dans le partage des pouvoirs conclu avec le parti présidentiel.

Après des années de collaboration, les relations entre Odwar et Machar s'étaient quelque peu distendues ces derniers temps.

La démission d'Odwar affaiblira le soutien à Machar dans la région de l'Equatoria (sud), fief de son ancien adjoint.

Ces tensions récentes au sein du principal mouvement d'opposition suscitent une vive inquiétude alors que, dix ans après son indépendance, le Soudan du Sud est dans une situation plus fragile que jamais.

Le gouvernement repose sur un équilibre politique précaire, dont Kiir et Machar sont les pierres angulaires, les violences intercommunautaires explosent dans de nombreuses régions et une large partie de la population est confrontée à la faim.

De nombreuses dispositions de l'accord de paix de 2018 -censées éviter au pays de replonger dans la guerre- restent également inachevées, notamment la délicate unification en une seule armée des combattants autrefois ennemis.

"En se divisant (le mouvement de Machar) devient un partenaire faible et un partenaire faible n'est pas bon dans la mise en -uvre de l'accord de paix", estime à l'AFP James Okuk, chercheur au Centre d'Etudes politiques et stratégiques (CSPS) de Juba, la capitale sud-soudanaise.

"Cela donnera au président Kiir un avantage maintenant pour contrôler la politique du pays", estime-t-il.

L'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), qui regroupe sept pays de l'Est africain, a averti cette semaine qu'un éclatement du mouvement "dépasse une crise intra-parti et a des implications immédiates et à long terme importantes" pour la plus jeune nation du monde.

Le chef de la mission de l'ONU dans le pays, Nicholas Haysom, a exhorté jeudi les "factions, et toutes les parties signataires (de l'accord de paix, ndlr), à travailler ensemble pour surmonter leurs différends pacifiquement".