Soudan du Sud: nouvel échec des pourparlers de paix malgré les menaces de sanctions

6 mars 2015 à 15h38 par La rédaction

Addis Abeba (AFP)

Les belligérants sud-soudanais ont une nouvelle fois échoué, vendredi à Addis Abeba, à régler leurs différends pour sortir leur jeune pays de près de 15 mois de guerre civile, restant sourds aux menaces de la communauté internationale.

"J'ai le regret de vous informer que les discussions n'ont pas débouché sur les progrès nécessaires", a déclaré le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, au nom de l'organisation intergouvernementale est-africaine Igad.

La médiation avait donné aux chefs des deux camps, le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar, jusqu'au jeudi 5 mars pour s'entendre.Une ultime prolongation, de quelques heures vendredi matin, n'a rien donné.

"Les conséquences de l'inaction, c'est la poursuite de votre souffrance à vous, peuple du Soudan du Sud, et d'une guerre absurde dans votre pays", a ajouté le Premier ministre éthiopien dans une déclaration adressée à la population sud-soudanaise."C'est inacceptable, à la fois moralement et politiquement".

"J'ai demandé (à MM.Kiir et Machar) d'être courageux et d'offrir des compromis et alternatives, plutôt que de camper sur leurs positions.Les dirigeants de la région et du monde se sont joints à cet appel", a-t-il poursuivi."Malheureusement, comme le montre cette échéance ratée, nos voeux n'ont pas été pris en compte".

Hailemariam Desalegn a estimé que le processus de paix, entamé un mois après le début du conflit, devait désormais recevoir une nouvelle impulsion.Il a promis un "plan", à élaborer avec d'autres pays africains et au-delà, pour sortir de la crise.

Le Premier ministre éthiopien n'a cependant donné aucun détail sur la suite du processus.

Interrogé jeudi soir alors que les pourparlers allaient déjà dans le mur, un diplomate occidental impliqué dans les discussions avait laissé entendre que l'Union africaine pourrait désormais jouer un rôle, tout en laissant encore la main à l'Igad.

Il avait exclu un retrait des Occidentaux, qui financent ces très couteuses négociations dans la capitale éthiopienne (plus de 20 millions de dollars dépensés jusqu'ici).Et il avait évoqué, malgré tout, "des progrès".

 

- Partage du pouvoir -

 

En un peu plus d'un an, les deux camps ont déjà signé plusieurs cessez-le-feu, tous rompus au bout de quelques heures ou quelques jours.

Ce qui coince aujourd'hui dans les pourparlers, ce sont les modalités d'un accord de partage de pouvoir entre Riek Machar et Salva Kiir.

En ouvrant cette 8e session de pourparlers le 23 février, l'Igad l'avait qualifiée de celle de "la dernière chance".

La communauté internationale s'impatiente de plus en plus: pour la première fois cette semaine, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté, à l'unanimité, une résolution prévoyant le principe de sanctions.

La communauté internationale a à plusieurs reprises ces derniers mois brandi la menace de sanctions contre les belligérants.Mais, face à la réticence de la Chine notamment, qui détient d'importants intérêts pétroliers au Soudan du Sud, elle n'avait jusque-là jamais franchi l'étape de la résolution.

Le Conseil de sécurité se donne désormais la possibilité de geler les avoirs de ceux qui menacent la stabilité du pays, se rendent coupables d'exactions ou entravent l'aide humanitaire, et de leur interdire de voyager.Un comité doit néanmoins désigner ultérieurement les individus à sanctionner.

Le Soudan du Sud, indépendant du Soudan depuis juillet 2011, est ravagé depuis le 15 décembre 2013 par une guerre civile, qui à l'origine opposait une faction de l'armée fidèle au président Kiir à une autre loyale à Riek Machar.

Depuis, une vingtaine de groupes armés et de milices ont rejoint le conflit, qui a été marqué par des atrocités à caractère ethnique et a conduit le pays au bord de la famine.

Aucun bilan officiel n'est disponible, mais des observateurs parlent de dizaines de milliers de morts.Plus de deux millions de personnes ont aussi été chassées de chez elles par les combats, trouvant refuge dans des bases de l'ONU dans le pays ou dans des pays voisins.