Soudan du Sud: un défenseur des droits humains inculpé de terrorisme

25 mars 2019 à 15h23 par AFP

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Un éminent défenseur des droits humains au Soudan du Sud, Peter Biar Ajak, en détention provisoire depuis huit mois, a été inculpé lundi de terrorisme par un tribunal de Juba.

Peter Biar Ajak, 34 ans, avait été arrêté en juillet 2018, après avoir demandé dans la presse que le président Salva Kiir et le chef rebelle Riek Machar cèdent la place, alors que le Soudan du Sud est plongé dans un conflit qui fait près de 400.000 morts et provoqué une crise humanitaire catastrophique.Le procureur Deng Acuil a notamment inculpé Peter Biar Ajak et ses six co-accusés de sabotage contre l'Etat, participation à un désordre public et banditisme.Des accusations qui renvoient à une émeute en octobre 2018 dans le centre de détention des services de renseignements, au cours de laquelle des prisonniers avaient pris en otage des gardiens avant de se rendre.Tous les accusés ont plaidé non coupable.Ils ne sont poursuivis pour aucun autre crime ou délit, qui aurait pu justifier leurs arrestation initiale."Nous sommes plongés dans la confusion: ces personnes ont été arrêtées pour des motifs qui n'ont pas été rendus publics. Et maintenant, ils sont devant un tribunal pour d'autres accusations, liées au mois d'octobre", a souligné l'avocat de Peter Biar Ajak, Philip Anyang.M. Biar, un ancien économiste qui a travaillé pour la Banque mondiale, préside plusieurs organisations de défense des droits humains au Soudan du Sud, dont le Forum des jeunes dirigeants sud-soudanais. Son arrestation avait été condamnée par les Etats-Unis, qui avaient demandé en août dernier sa remise en liberté.Le président Salva Kiir et le chef rebelle Riek Machar ont signé en septembre à Addis Abeba un nouvel accord de paix prévoyant un partage du pouvoir et visant à mettre un terme à une guerre civile de près de cinq ans, marquée par des atrocités à caractère ethnique et le recours au viol comme arme de guerre, et qui a poussé plus de quatre millions d'habitants, soit près d'un tiers de la population, à fuir leur foyer.Le Soudan du Sud, qui a acquis son indépendance en 2011 avec le soutien essentiel de Washington, qui reste son principal donateur, a sombré dans la guerre civile deux ans plus tard lorsque Salva Kiir a accusé Riek Machar, son ancien vice-président, de fomenter un coup d'État.Exilé à Khartoum, ce dernier a prévu de revenir à Juba en mai dans le cadre de l'application de l'accord de paix.