Soudan : état d'urgence proclamé dans l'Etat du Nil bleu après des combats

Par La rédaction

KHARTOUM (AFP) - (AFP)

L'état d'urgence a été proclamé vendredi dans dans l'Etat soudanais du Nil Bleu, frontalier du Soudan du Sud qui a récemment obtenu son indépendance, à la suite d'affrontements entre l'armée et des forces loyales au gouverneur élu Malik Agar, proche des ex-rebelles sudistes, ont annoncé les médias officiels.

"Le président Omar el-Béchir a proclamé l'état d'urgence dans l'Etat du Nil Bleu" et a nommé un gouverneur militaire, a annoncé l'agence officielle soudanaise Suna.

Les affrontements se sont produits dans la nuit de jeudi à vendredi après un regroupement de troupes dans l'Etat du Nil Bleu, et alors que des combats font rage depuis trois mois dans l'Etat proche du Kordofan-Sud.

Le Nil Bleu et du Kordofan-Sud sont limitrophes du Soudan du Sud, indépendant depuis le 9 juillet après des décennies d'un conflit meurtrier avec Khartoum qui a parfois débordé dans ces deux Etats du Nord, une partie de leur population soutenant les Sudistes.

"Dans un nouvel acte d'agression et une extension de ce qui se passe au Kordofan-Sud, les forces de défense populaires (liées à l'armée) et les troupes soudanaises ont déclenché une attaque contre les positions de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA-sudistes) à Damazin après minuit", a affirmé dans un communiqué le SPLM-Nord, la branche politique de la SPLA et principal parti d'opposition au Soudan.

L'attaque a visé en particulier la résidence du gouverneur Malik Agar, président du SPLM-Nord, à Damazin, la capitale de l'Etat.L'offensive s'est ensuite intensifiée, visant toutes les positions de la SPLA, a encore indiqué le SPLM-Nord.

Selon des témoins, les violences ont forcé des milliers de citoyens à fuir Damazin, certains vers Singa, à environ 200 km plus au nord.

Le porte-parole de l'armée soudanaise, Sawarmi Khaled Saad, a confirmé qu'il y avait eu des combats mais affirmé que la SPLA en était à l'origine.

Des sources au sein de la SPLA ont indiqué que la ville de Kourmouk, théâtre de combats acharnés pendant la guerre entre Khartoum et les rebelles sudistes (1983-2005, 2 millions de morts), avait été bombardée vendredi matin.

A l'approche de la partition, le régime soudanais a commencé à chercher à réaffirmer son autorité au sein de ses nouvelles frontières et à désarmer les milices qu'il ne contrôlait pas.

Dans des propos à l'AFP, Ibrahim Ghandour, haut responsable du parti au pouvoir à Khartoum, a accusé Malik Agar d'oeuvrer de concert avec les rebelles du Darfour, région de l'ouest du pays en proie à une guerre civile.

Les négociations entamées pour désamorcer le conflit au Kordofan-Sud, le seul Etat soudanais producteur de pétrole depuis la partition, n'ont rien donné, malgré le cessez-le-feu de deux semaines annoncé le 23 août par le président soudanais Omar el-Béchir.

L'ONU et des organisations de défense des droits de l'Homme ont vivement critiqué Khartoum ces derniers jours, accusant M. Béchir de ne pas avoir tenu sa promesse, d'autant que plusieurs rapports évoquent de possibles crimes de guerre.

Valerie Amos, chef des opérations humanitaires de l'ONU, a prévenu mardi que plus de 200.000 personnes affectées par les combats au Kordofan-Sud risquaient "des niveaux potentiellement catastrophiques de malnutrition et de mortalité".