Soudan: Khartoum annonce la reprise des discussions sur l'enclave d'Abyei

27 mai 2011 à 7h41 par La rédaction

KHARTOUM (AFP)

Le parti au pouvoir au Soudan s'est dit ouvert à la négociation avec le Sud Soudan sur l'enclave disputée d'Abyei, annonçant une reprise des discussions entre les deux parties dès ce samedi à Addis Abeba.

"Nous sommes ouverts" à la négociation, a déclaré à l'AFP al-Dirdiri Mohammed Ahmed, en charge du dossier d'Abyei au Parti du Congrès national (NCP, au pouvoir).

"Nous avons une réunion le 28 mai à Addis Abeba (...) organisée par l'Union africaine, nous espérons que nous arriverons à un compromis sur un certain nombre de points", a affirmé M. Dirdiri. Des représentants du NCP, du SPLM (Mouvement populaire de libération du Soudan, au pouvoir au Sud Soudan), et le chef du panel de l'UA sur le Soudan, l'ex-président sud-africain Thabo Mbeki, y participeront, a-t-il précisé.

Depuis la prise d'Abyei par l'armée nordiste le 21 mai, "les négociations indirectes se sont en fait poursuivies entre les deux parties via le panel de l'UA et l'ONU", selon le négociateur du NCP.

A la lisière entre le Nord et le Sud, Abyei devait organiser en janvier un référendum local pour choisir son rattachement à l'une ou l'autre partie, parallèlement à la tenue du référendum au Sud Soudan qui a vu l'écrasante majorité en faveur de la sécession. Le référendum d'Abyei a été cependant reporté sine die, et les incidents armés s'y sont multipliés, malgré plusieurs accords et la poursuite de négociations politiques sous les auspices de l'UA.

Le 21 mai, les Forces armées du Soudan (SAF, nordiste) ont finalement pris le contrôle de la ville d'Abyei et s'y sont déployées jusqu'à plusieurs kilomètres plus au sud, sur la rive nord de la rivière Bahr al-Arab. Cette rivière, la "Kiir" selon sa dénomination sudiste, marque désormais la ligne de front entre les SAF et les forces sudistes.

"Les SAF sont entrées dans la partie nord d'Abyei pour chasser" les éléments infiltrés de la SPLM, alors que ces forces sudistes "étaient censées avoir quitté toute la zone, y compris la rive sud de la rivière où elles sont stationnées actuellement", selon M. al-Dirdiri Mohamed. "Les forces du SPLM sont présentes à Abyei, leur présence est sans aucun doute au moins équivalente à la nôtre.Nous demandons maintenant que l'Unmis (Mission de l'ONU) continue de négocier leur retrait complet de la zone", a-t-il commenté.

"Nous avons clairement fait savoir que nous ne nous retirerons pas d'Abyei, à moins que soit mis en place un mécanisme solide qui garantit que ni la SPLA ou aucune de ses milices ne s'infiltreront dans la zone", a tranché le responsable du NCP.

"Nous espérons que les négociations (d'Addis Abeba) concerneront le statut final d'Abyei, et le retrait des forces en présence, comme convenu dans le protocole d'Abyei", signé en 2008 dans le cadre de l'accord de paix du CPA de 2005 qui a mis fin à la guerre civile entre le Nord musulman et le Sud majoritairement chrétien.

Le Sud Soudan, qui exige le retrait inconditionnel de l'armée soudanaise d'Abyei, n'a pas encore confirmé sa participation à ces négociations. "Par principe, nous respectons le CPA et le protocole d'Abyei", a assuré M. Dirdiri, alors que de nombreux pays ont au contraire dénoncé la prise d'Abyei comme une violation de ces accords.

"Abyei fait partie du Nord", a également réaffirmé celui qui fut l'un des principaux négociateurs du CPA pour Khartoum: "néanmoins, nous avons accepté qu'un référendum y soit organisé, pour que la population de cette zone puisse choisir de rester au Nord, ou de rejoindre le Sud".

"Abyei appartient au Nord, et continuera d'y appartenir, sauf si ce référendum en décide autrement", a-t-il souligné.