Soudan: l'ONU "très préoccupée" par l'usage "excessif" de la force

Par AFP

AFRICA RADIO

La Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme s'est dite jeudi "très préoccupée" par l'"usage excessif" de la force contre les manifestants au Soudan, quatre semaines après le début de la contestation du régime.

"Une réponse répressive ne peut qu'aggraver les griefs", a écrit Michelle Bachelet dans un communiqué."Je suis très préoccupée par les informations faisant état d'un usage excessif de la force, y compris l'usage de balles réelles, par les forces de sécurité de l'Etat soudanais lors des manifestations", a-t-elle relevé.Déclenchées le 19 décembre par la hausse des prix du pain et des médicaments et les pénuries dans un pays en plein marasme économique, les manifestations se sont transformées en rassemblements quasi quotidiens contre le président Omar el-Béchir, qui a catégoriquement rejeté leur appel à partir après trois décennies au pouvoir.Depuis le 19 décembre, 24 personnes sont mortes, selon un bilan officiel. Le Haut-Commissariat souligne que d'autres "rapports crédibles donnent à penser que le nombre de morts pourrait être presque deux fois plus élevé". Human Rights Watch et Amnesty International parlent d'au moins 40 morts, dont des enfants et du personnel médical.Selon des informations reçues par l'ONU, les forces de sécurité ont pénétré dans un hôpital à Omdurman, ville voisine de la capitale Khartoum, et y ont tiré des gaz lacrymogènes et des balles réelles. "Des rapports suggèrent également que la police a tiré des gaz lacrymogènes à l'intérieur de l'hôpital universitaire de Bahri et de l'hôpital Haj Al-Safi", a pointé le Haut-Commissariat.Au 6 janvier, au moins 816 personnes avaient été arrêtées en relation avec les manifestations, selon les autorités soudanaises. "Selon certaines informations, il s'agit notamment de journalistes, de dirigeants de l'opposition, de manifestants et de représentants de la société civile", a observé le Haut-Commissariat.Mme Bachelet a appelé le gouvernement à "veiller à ce que les forces de sécurité gèrent les manifestations conformément aux obligations internationales du pays en matière de droits de l'Homme en protégeant le droit de se réunir pacifiquement".Elle a indiqué que des "comités d'établissements des faits" avaient été créés par les autorités et annoncé que son bureau était prêt à déployer une équipe au Soudan pour conseiller les autorités et s'assurer qu'elles agissent conformément aux obligations internationales du pays en matière de droits humains."J'exhorte les autorités à (...) résoudre cette situation tendue par le dialogue et j'appelle toutes les parties à s'abstenir de recourir à la violence", a-t-elle ajouté.Ces manifestations représentent le plus grand défi auquel M. Béchir a été confronté en près de 30 ans de pouvoir, selon des experts.