Soudan: poursuite des négociations pour la démilitarisation d'Abyei

Par La rédaction

ADDIS ABEBA (AFP)

Les représentants du Nord et du Sud Soudan poursuivaient mardi à Addis Abeba, pour le troisième jour consécutif, leurs négociations sur l'enclave d'Abyei et les modalités de mise en oeuvre d'un accord de principe prévoyant le retrait des troupes de Khartoum.

Le médiateur de l'Union africaine (UA) pour le Soudan, le sud-africain Thabo Mbeki a obtenu au cours des dernières 48 heures l'assentiment, sous condition, du président Omar el-Béchir et de son vice-président sud-soudanais Salva Kiir pour une démilitarisation d'Abyei et le déploiement sur place de Casques bleus éthiopiens.

Après cette relative avancée, MM.Béchir et Kiir ont quitté Addis Abeba, laissant le soin à leurs représentants de négocier les détails et les délicates modalités de cette démilitarisation de l'enclave contestée, à la limite entre le Nord et le Sud.

Révélé par le ministre de l'Information du Sud-Soudan Barnaba Marial Benjamin, l'accord n'a pas été confirmé officiellement par la médiation ou les protagonistes.

Il prévoit que Khartoum retire ses troupes d'Abyei "sous réserve d'un accord sur des modalités spécifiques pour l'administration d'Abyei", selon M. Marial Benjamin.Partie prenante aux discussions, l'Ethiopie a proposé que des troupes éthiopiennes soient déployées sous mandat onusien.

De passage mardi à Addis Abeba, troisième et dernière étape d'une tournée africaine, la Secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton s'est dite favorable à un tel plan, suggérant aux deux parties "de s'accorder" sur la proposition de l'Ethiopie.

Mme Clinton s'est entretenue notamment avec Nafie Ali Nafie, un conseiller du président soudanais Omar el-Béchir, avant de rencontrer Salva Kiir, lundi soir.

Les troupes nordistes, appuyées par des blindés, sont entrées le 21 mai dans Abyei, en réponse à une attaque meurtrière deux jours plus tôt contre un convoi de l'armée au nord de la région, dans laquelle au moins 22 soldats nordistes ont été tués.

La majorité des personnes ayant fui les violences sont des Dinka Ngok, partisans du Sud, qui se séparera officiellement du Nord le 9 juillet.

Près de 100.000 personnes ont fui les combats à Abyei, selon les Nations unies, qui ont qualifié de "tendue et imprévisible" la situation dans la ville.

Les combats se sont étendus depuis de part et d'autre de la ligne de démarcation entre Nord et Sud: dans l'Etat nordiste du Kordofan Sud, et ces derniers jours dans l'Etat sudiste de Unity, deux champs de bataille pendant la guerre civile entre nordistes et sudistes (1983-2005).

Ces violences font craindre une reprise de la guerre à grande échelle, après la signature d'un accord de paix (CPA) en 2005 et à quelques semaines de la déclaration formelle d'indépendance du Sud Soudan le 9 juillet.

Les négociations sur Abyei sous l'égide de l'UA se déroulent depuis de longs mois à Addis Abeba, avec la facilitation de l'Ethiopie.M. Mbeki a fait un certain nombres de propositions sur le futur statut de la région.

Abyei devait organiser en janvier un référendum local pour choisir son rattachement à l'une ou l'autre partie, parallèlement à la tenue du référendum au Sud Soudan qui a vu l'écrasante majorité voter en faveur de la sécession.

Faute d'accord, notamment sur le droit de vote des arabes nomades Misseriya, le référendum d'Abyei avait été reporté sine die et les combats armés s'y sont multipliés, jusqu'à l'intervention de l'armée nordiste (SAF).

Le pouvoir à Khartoum a justifié son intervention par les "infiltrations" de soldats sudistes dans la région, et une embuscade le 19 mai contre une colonne des SAF.