Soudan Sud: les dirigeants d'Afrique de l'Est veulent mettre un terme au conflit

Par La rédaction

Addis Abeba (AFP)

Les dirigeants d'Afrique de l'Est, réunis jeudi en Ethiopie, veulent "ramener à la raison" les belligérants du Soudan du Sud pour mettre un terme à 11 mois d'un conflit entaché d'atrocités, alors que l'ONU menace de nouvelles sanctions.

"Il semble qu'il y ait peu d'appétit pour la paix, tandis que le peuple du Soudan du Sud continue de supporter tout le fardeau du conflit", a commenté le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, lors d'un sommet organisé à Addis Abeba sur le sujet.

M. Hailemariam a signifié aux leaders des deux camps, le président sud-soudanais Salva Kiir et le chef rebelle Riek Machar, que "la patience de la communauté internationale s'épuise".

Les combats ont fait des milliers de morts -sans doute des dizaines de milliers-, mais aucun bilan précis n'existe.

Ce sommet intervient après de nouvelles menaces des Nations unies d'imposer des sanctions contre les dirigeants sud-soudanais.Le Conseil de sécurité s'est dit prêt cette semaine à prendre des mesures pour punir les responsables des violences.

Le conflit avait éclaté le 15 décembre, lorsque le président Kiir avait accusé son ancien vice-président limogé quelques mois plus tôt, Riek Machar, de vouloir commettre un coup d'Etat.

Les combats, dans lesquels une vingtaine de groupes armés sont impliqués, ont rapidement dégénéré en conflit ethnique - les Dinka de Salva Kiir contre les Nuer de Riek Machar - marqué par des atrocités à grande échelle et des massacres commis par les deux camps.

Tous les pourparlers de paix et tentatives de cessez-le-feu ont échoué.

"Nous userons de toute notre influence pour ramener à la raison les deux parties", a assuré M. Hailemariam, les prévenant de "la futilité à vouloir régler le conflit par les combats".

MM.Kiir et Machar s'étaient rencontrés le mois dernier en Tanzanie, se serrant la main et endossant leurs responsabilités respectives pour la guerre.Depuis, de violents combats se sont poursuivis dans différentes régions du pays.

Il s'agissait de la première rencontre des deux hommes depuis le dernier cessez-le-feu, signé en août et jamais respecté.

 

- 'Arrêter le bain de sang' -

 

Le mois dernier, de violents combats dans les Etats d'Unité (nord) et du Haut-Nil (nord) ont mis fin à une brève accalmie dans les hostilités.

Cette nouvelle flambée de violence coïncide avec la fin de la saison des pluies, qui rendait de nombreuses pistes impraticables, et fait craindre une nouvelle escalade.

"Notre devoir envers le peuple sud-soudanais est d'exhorter à nouveau nos frères (Kiir et Machar) de penser avant tout à leur peuple, d'arrêter le bain de sang et la détérioration de la situation humanitaire", a déclaré le chef de l'Union africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, lors du sommet rassemblant six dirigeants est-africains (Djibouti, Kenya, Somalie, Soudan, Ouganda et Ethiopie), ainsi que MM.Kiir et Machar,

Tous appartiennent à l'Igad, l'organisation régionale faisant office de médiateur dans les pourparlers de paix, complètement bloqués.

"Pour le moment, l'évolution (des pourparlers) a été frustrante, pour ne pas dire déprimante", a déploré M. Hailemariam, actuel président de l'Igad.

Les Etats-Unis, qui ont poussé à la création du plus jeune Etat de la planète en 2011 et l'ont soutenu à coups de milliards de dollars, ont prévenu les deux camps que "d'importants compromis" seraient nécessaires.

"Nous estimons que le Soudan du Sud ne pourra pas arriver à la paix et la réconciliation par un système qui aurait pour résultat de tout donner au vainqueur ou que le vainqueur obtienne le plus", a lancé l'émissaire américain dans la région, Donald Booth, durant le sommet.

"La paix exige d'établir les responsabilités pour les atrocités, afin d'éteindre la soif de vengeance", a-t-il ajouté.

Des réunions à huis clos devaient se poursuivre tard dans la soirée.

Les pays voisins du Soudan du Sud accueillent sur leurs sols au moins 467.000 réfugiés chassés par les combats.

L'Ouganda a envoyé des troupes pour soutenir les forces de Salva Kiir, tandis que l'Ethiopie et le Kenya ont fourni des soldats pour renforcer les Casques bleus de l'ONU postés dans le pays.

Ces derniers tentent désespérément de protéger des dizaines de milliers de civils réfugiés sur leurs bases pour fuir les massacres ethniques, qui craignent d'être tués dès qu'ils s'aventureront au-dehors.