Soudan: violences et exactions des forces gouvernementales contre les manifestants

Par AFP

AFRICA RADIO

Tirs à balles réelles, gaz lacrymogènes, coups, arrestations: l'ONG Human Rights Watch (HRW) dénonce, vidéos à l'appui, des violences commises par les forces de sécurité du gouvernement à l'encontre des manifestants au Soudan, mobilisés depuis près de deux mois.

Dans une vidéo composée de plusieurs clips et diffusée lundi par l'Organisation, qui précise avoir vérifié l'authenticité des images, des membres des forces de sécurité du gouvernement soudanais, circulant à bord de véhicules blindés, ouvrent le feu sur des manifestants non armés. On y voit notamment un homme tomber au sol et plusieurs manifestants blessés en sang.Selon un bilan officiel, 30 personnes sont mortes depuis le début des manifestations. HRW a fait état de 51 morts. D'après des ONG de défense des droits humains, plus de 1.000 manifestants, leaders de l'opposition, militants et journalistes ont été arrêtés depuis le 19 décembre.La vidéo diffusée par HRW montre également des forces de sécurité en train d'arrêter des manifestants et des passants, les frappant brutalement avec leurs matraques ou la crosse de leur arme. Certains manifestants exhibent "des signes de sévices corporels et de torture", selon un communiqué de HRW.D'autres images montrent encore "des raids menés par les forces de sécurité contre des hôpitaux, tirant des gaz lacrymogènes dans des salles d'urgence et entravant les activités du personnel cherchant à fournir des soins médicaux", détaille l'ONG."Ces preuves irréfutables montrent l'extrême brutalité des méthodes employées par les forces gouvernementales soudanaises contre des manifestants pacifiques et d'autres personnes ayant critiqué le gouvernement", dénonce Jehanne Henry, directrice adjointe de la division Afrique de HRW. "Il faut immédiatement mettre fin à ces tactiques violentes, qui enfreignent les obligations juridiques internationales du Soudan en matière de droits humains et s'assurer que les responsables soient tenus de rendre des comptes devant la justice", insiste Mme Henry.Human Rights Watch appelle le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, qui doit se réunir en mars, à prendre des mesures "urgentes" et à ouvrir "une enquête indépendante sur les violations commises depuis le début des manifestations en décembre 2018".Le Soudan est secoué par un mouvement de contestation déclenché le 19 décembre par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, dans un pays en plein marasme économique. Devenues quasi quotidiennes, les manifestations se sont transformées en mouvement de protestation contre le président Béchir.Au pouvoir depuis 1989, Omar El-Béchir est sous le coup de deux mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre, crime contre l'Humanité et génocide au Darfour.