Sud-Africains blancs "persécutés": aucune discrimination, affirme Canberra

Par La rédaction

Sydney (AFP)

L'Australie a assuré vendredi que sa politique envers les réfugiés était non discriminatoire après la réaction scandalisée de l'Afrique du Sud à l'idée que des agriculteurs blancs "persécutés" pourraient bénéficier de facilités de visas.

Le ministre australien de l'Intérieur Peter Dutton a provoqué la controverse en estimant que les fermiers en question devaient fuir les "conditions atroces" provoquées par les violences criminelles et la politique de redistribution des terres de Pretoria pour gagner "un pays civilisé".

Un total de 74 agriculteurs, selon la police, ont été tués entre 2016 et 2017 en Afrique du Sud, pour la quasi-totalité des blancs selon l'organisation AfriForum, porte-parole de cette minorité.

M. Dutton avait ajouté que les fermiers méritaient une "attention spéciale" et qu'il étudiait la possibilité de les accueillir sur des visas humanitaires ou de réfugiés.

En réaction, la ministre sud-africaine des Affaires étrangères Lindiwe Sisulu a convoqué l'ambassadeur australien pour exiger "le retrait des commentaires" de son ministre jugés "offensants".

Pressé de questions vendredi, le Premier ministre australien Malcolm Turnbull s'est abstenu de défendre son ministre, martelant que son pays menait des programmes humanitaires non discriminatoires. 

"Nous avons en Australie des migrants du monde entier (...) et nous avons un programme à destination des réfugiés non discriminatoire", a-t-il dit. 

"Nous avons une importante communauté sud-africaine d'Australiens d'origine sud-africaine, de tous les milieux, et ils fournissent une contribution phénoménale à notre société multiculturelle très performante".

La ministre des Affaires étrangères Julie Bishop a démenti que son collègue appliquait la politique du deux poids deux mesures en défendant les fermiers blancs sud-africains mais pas les agriculteurs palestiniens "persécutés" par Israël, selon les termes de certains commentateurs.

"Je rejette cela.Ce que nous faisons avec notre programme de visas humanitaires c'est d'évaluer (l'attribution) de visas au mérite et c'est ce que fait tous les jours M. Dutton en tant que ministre de l'Intérieur", a-t-elle dit à la radio ABC.

L'Australie essuie les foudres d'organisations de défense des droits de l'Homme, de même que de l'ONU, pour sa politique extrêmement dure vis-à-vis des demandeurs d'asile, dont bon nombre viennent d'Iran, d'Irak, de Somalie ou d'Afghanistan.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, arrivé au pouvoir en février, s'est engagé à "accélérer" la réforme agraire destinée à redistribuer des terres de la minorité blanche au profit de la majorité noire.

M. Dutton a été qualifié de "raciste" par le chef des Verts australiens Richard di Natale.Sa position sur les agriculteurs rappelle la politique de "l'Australie blanche", a-t-il dit, en référence aux mesures ayant empêché pendant 70 ans, à partir de 1901, les immigrants non blancs de s'établir dans l'immense pays.