Sud-Soudan: effervescence et sécurité renforcée à la veille du référendum

Par La rédaction

JUBA (Soudan) (AFP)

 Le Sud-Soudan est en effervescence samedi à la veille du référendum sur son indépendance, un scrutin placé sous haute surveillance qui pourrait mener à la partition du plus vaste pays d'Afrique entre le Nord musulman et le Sud chrétien.

Mais, signe d'une situation toujours précaire, l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), les ex-rebelles sudistes à la tête de l'armée de la région semi-autonome du Sud-Soudan, a été samedi la cible d'une attaque faisant six morts dans une zone pétrolière.

Dans la capitale du Sud, Juba, l'excitation était palpable dès le matin.

"Il ne reste qu'un jour avant de voter", s'impatiente Santos, un jeune sudiste."Ici, on peut boire de la bière, pas à Khartoum.On va dire bye-bye aux Arabes".

Un grand concert de hip-hop pour l'indépendance a réuni des milliers de jeunes vendredi soir à Juba, qui vit au rythme du référendum avec ses voitures coiffées de drapeaux sudistes appelant la population à voter, la visite de politiques occidentaux et celle de la vedette américaine George Clooney.

Les Etats-Unis, qui mettent tout leur poids pour la réussite du référendum, ont envoyé au Soudan le sénateur John Kerry et l'émissaire spécial de la Maison Blanche Scott Gration.

Les Sud-Soudanais doivent choisir, lors du vote s'étalant jusqu'au 15 janvier, entre le maintien de l'unité avec le Soudan ou la sécession de leur vaste région sous-développée.

La victoire de l'option indépendantiste ne fait plus aucun doute, même pour les responsables du Nord, les seules inconnues étant la participation et le respect des normes démocratiques.

Selon la loi référendaire, au moins 60% des quelque quatre millions d'électeurs doivent voter pour que le résultat soit valide.Les responsables ont exhorté la population à se rendre aux urnes dès les deux premiers jours.

Des milliers de policiers ont été déployés aux abords des grandes artères de Juba et dans les quartiers populaires.

Dans un geste de souveraineté, le chef de la région semi-autonome du Sud-Soudan, Salva Kiir, a signé vendredi 16 "lois" dans différents secteurs, selon un porte-parole.

Khartoum s'est engagé à reconnaître le résultat d'"un scrutin libre et transparent", même si le président soudanais Omar el-Béchir a estimé que le Sud n'avait "pas la capacité de créer un Etat ou une autorité", dans une interview vendredi soir à la chaîne Al-Jazira.

"La stabilité du Sud est très importante pour nous parce qu'une instabilité risque de se répercuter sur le Nord.S'il y a une guerre dans la maison de notre voisin, nous ne serons pas en paix", a-t-il dit.

Plus de 120.000 Sudistes vivant au Nord sont rentrés au Sud pour le vote, selon l'ONU, mais des centaines de milliers d'autres demeurent au Nord.M. Béchir a assuré que ceux-là conserveraient leur droits fondamentaux en cas de sécession mais seraient considérés comme des étrangers.

Les observateurs internationaux du Centre Carter, de l'Union européenne, de la Ligue arabe, mais aussi locaux devraient remettre leurs évaluations préliminaires quelques jours après le référendum.La date des premiers résultats n'a pas été annoncée.

Selon la commission référendaire, tout est prêt pour le vote.L'échéance a été tenue malgré des retards qui avaient fait craindre un report, voire un retour à la guerre.

L'armée sudiste a accusé les hommes de Gatluak Gai, un chef de milice hostile à la SPLA, de l'attaque qui a fait quatre morts samedi dans le comté de Mayom (dans l'Etat pétrolier d'Unité).

Un convoi d'aide alimentaire devait se rendre dans le comté mais le voyage a été annulé pour raisons sécuritaires, selon des sources humanitaires.

Le référendum est prévu par l'accord de paix conclu en 2005 entre le Nord et le Sud, qui avait mis fin à une guerre civile de plus de vingt ans dans laquelle deux millions de personnes ont péri.