Swaziland: l'opposition appelle à l'isolement international du roi Mswati

31 mai 2012 à 9h17 par La rédaction


MBABANE (AFP) - (AFP)

Une partie de l'opposition au roi du Swaziland appelle à isoler le monarque sur la scène internationale, l'accusant d'être un despote et de s'enrichir au détriment de son peuple, mais sans grand écho pour l'instant dans un pays où la royauté reste un pilier de l'identité nationale.

En mai, le roi Mswati III, chef absolu de ce petit pays d'Afrique australe d'un million d'habitants, aura ainsi pu tranquillement déjeuner au château de Windsor et poser sur la photo de famille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II.

Une invitation dénoncée par la diaspora swazie à Londres car elle légitime "le règne despotique" de Mswati III, selon le Pudemo, principal mouvement d'opposition (interdit).Les partis politiques sont interdits, a rappelé le groupe de défense des droits de l'Homme Swazi Diaspora Platform.

Le roi aura également pu se féliciter que le boycott culturel lancé par le réseau de solidarité avec le Swaziland (SSN) basé en Afrique du Sud ne perturbe pas davantage le grand rendez-vous musical local, le Bushfire Festival.

Organisé à quelques kilomètres du palais royal, le Bushfire a connu une forte affluence le week-end dernier.

La question du boycott et de la situation politique du Swaziland était cependant sur toutes les lèvres."C'est un débat dynamique.Tout le monde est pour une meilleure gouvernance et une transformation du Swaziland", soulignait Jiggs Thorne, l'organisateur.

"L'idée des organisateurs cette année a été d'essayer de faire une plate-forme pour dire aux gens qui boycottaient +venez parler+", observe Laurence Amigues, directrice de l'Alliance française et partenaire historique du festival.

Même attitude du côté des Etats-Unis, un des quatre pays ayant une ambassade à Mbabane et jamais en reste pour rappeler le roi à ses obligations démocratiques.

L'ambassade a joué les facilitateurs pour la venue d'artistes américains, jugeant que "les Swazis ont besoin de toutes les occasions pour se réunir et s'exprimer librement".

Mais des têtes d'affiche sud-africaines, comme la chanteuse noire Lira ou sa compatriote guitariste Zahara, la nouvelle idole des jeunes, ont boycotté l'évènement.

Pour envoyer "un message en faveur de plus de dialogue et d'action face aux problèmes du Swaziland", a expliqué Lira.

Une "réalité cachée"

Depuis 2011, ce royaume à l'histoire pacifique, enclavé entre Afrique du Sud et Mozambique, est en proie à des manifestations de plus en plus fréquentes.

Le mécontentement est alimenté par les sacrifices économiques imposés à une population déjà à la limite de la subsistance, et le refus du roi d'engager des réformes démocratiques.

Interdiction de manifester, étudiants trop remuants poussés vers l'exil, justice aux ordres: selon le SSN, il y a "une réalité cachée" au Swaziland qui est la "brutalité de la société swazie et la nature oppressive du régime".

Mais les efforts de l'opposition pour accentuer la pression sur le jeune monarque de 44 ans butent sur de nombreux écueils.

Sur le radar de la communauté internationale, le pays est petit, l'opposition divisée, ses appels souvent lancés depuis l'étranger et surtout, les Swazis sont très attachés à la monarchie qui les a conduit à l'indépendance en 1968, sous le règne du très révéré Sobhuza II, père de l'actuel roi, résument des observateurs.

"Les gens seraient peut-être contents d'avoir le multipartisme mais ils sont dans une situation de +wait and see+.Ils n'ont pas envie qu'on parle à leur place.Il y a beaucoup d'attaques personnelles contre le roi, ce qui leur fait peur", explique à l'AFP Mbongeni Mbingo, directeur du quotidien d'opposition Times of Swaziland.

Selon lui, les Swazis attendent surtout la liberté d'association ou de choisir leur Premier ministre, actuellement nommé par le roi, et non par le parlement.

"L'opposition est désunie.Ce n'est pas comme en Afrique du Sud où nous avions un même ennemi, un but commun, la fin de l'apartheid", analyse la poètesse sud-africaine Philippa Yaa De Villiers, qui a fait le choix de venir au festival pour débattre avec les gens.

"Ici, le roi est au coeur de l'identité des gens.C'est difficile pour eux de penser leur identité en dehors de lui et de questionner son droit à être là où il est", ajoute cette artiste engagée.