Syrie: trois manifestants tués, le G8 envisage de "nouvelles mesures"

27 mai 2011 à 9h42 par La rédaction

DAMAS (AFP)

Au moins trois manifestants ont été tués vendredi par les forces de sécurité dans le sud de la Syrie où de nouvelles protestations contre le régime sont prévues, alors que le G8 devrait se contenter d'adopter de "nouvelles mesures" si la répression continue.

Les trois hommes ont été tués lorsque les forces de sécurité ont tiré sur des manifestants montés sur les toits pour crier "Dieu est le plus grand" dans la localité de Daël, a déclaré à l'AFP l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, basé à Londres.

Les militants pro-démocratie ont tendu la main à l'armée pour cette nouvelle journée de protestations, appelant les soldats à rallier leur mouvement de contestation du régime.

"Nous exhortons nos supporteurs de transmettre un message à nos soldats +libres+ dans l'armée syrienne pour que, main dans la main, ces défenseurs de la patrie se joignent à notre révolution pacifique", affirme un communiqué publié sur la page Facebook de "Syrian Revolution 2011", moteur de la contestation. "L'armée, le peuple, une seule main", proclament les militants sur leur page.

 Il n'est cependant pas sûr que l'appel à l'armée soit entendu, les commandants de l'armée étant très fidèles au régime du président Bachar al-Assad et étant pour la plupart, comme le chef de l'Etat, issus de la communauté musulmane alaouite, une branche du chiisme.

Ces derniers jours, les manifestants ont décidé de manifester plutôt de nuit de manière à déjouer la vigilance des forces de sécurité et éviter les arrestations. Des militants ont ainsi indiqué que des manifestations nocturnes avaient eu lieu dans plusieurs villes, ne faisant pas état de victime.

Depuis le début de la contestation du régime le 15 mars, les protestataires ont appelé à des manifestations tous les vendredis, après la prière hebdomadaire.

Selon des groupes des droits de l'Homme, plus de 1.000 personnes ont été tuées et quelque 10.000 arrêtées dans la répression de ces manifestations.

Les autorités, qui imputent les violences à des "bandes terroristes armées" soutenues par des islamistes et des agitateurs étrangers, ont indiqué jeudi que 112 soldats et membres des forces de sécurité avaient été tués ainsi que 31 officiers de police.

A l'étranger, les dirigeants du G8, réunis à Deauville (nord-ouest de la France), préviennent la Syrie qu'ils envisageront de "nouvelles mesures" si la répression continue, selon le dernier projet de déclaration finale.

Dans une version antérieure, ils s'étaient cependant faits plus menaçants, parlant d'une "action au Conseil de sécurité" de l'ONU.

Une source diplomatique avait indiqué dans la matinée que les Russes pourraient s'opposer à une référence au Conseil de sécurité dans le texte de la déclaration finale. Le Conseil de sécurité a commencé de son côté à étudier jeudi un projet de résolution qui met en garde Damas contre de possibles "crimes contre l'humanité".

Mais là encore, le texte risque de se heurter à l'opposition de la Russie.

Sur le terrain, l'opposition syrienne refuse tout dialogue avec les autorités tant que les violences se poursuivent, que les prisonniers politiques ne sont pas libérés et que de nouvelles réformes ne sont pas adoptées. Le régime a fait quelques concessions dont la levée de l'état d'urgence, en place depuis près de cinq décennies, mais tout en poursuivant sa répression féroce.

Des ONG ont de nouveau condamné jeudi les violations des droits de l'Homme dans le pays. Amnesty International a dit avoir obtenu une vidéo qui semble indiquer que les forces de sécurité "tirent pour tuer" les manifestants. L'Organisation nationale des droits de l'Homme en Syrie a dénoncé la répression, faisant état d'arrestations même dans les hôpitaux, alors que le Comité international de la Croix-Rouge déplorait ne pas avoir accès aux détenus dans le pays.

Les journalistes étrangers sont interdits de se déplacer dans le pays pour couvrir les troubles et le régime y impose un black-out total.