Taïwan ouvre une représentation au Somaliland, la Chine et la Somalie irritées

Par AFP

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La Chine et la Somalie ont sévèrement critiqué mardi l'ouverture par Taïwan d'une représentation dans la république autoproclamée du Somaliland, un nouveau signe de rapprochement de ces deux territoires souverains de facto qui bénéficient d'une faible reconnaissance internationale.

"Dans une situation désespérée, on tente n'importe quoi", a réagi lors d'une conférence de presse régulière Zhao Lijian, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères."Il n'y a qu'une seule Chine dans le monde et Taïwan en est une partie inaliénable", a-t-il souligné. "Nous exprimons notre ferme opposition à la création d'institutions officielles entre Taïwan et le Somaliland, et à toute forme d'échange officiel".Le ministère somalien des Affaires étrangères s'en est aussi pris à Taïwan en condamnant ses "tentatives imprudentes d'enfreindre la souveraineté de la République fédérale de Somalie et de violer son intégrité territoriale".Ancien protectorat britannique, le Somaliland avait fusionné quelques jours après son indépendance en 1960 avec l'ex-Somalie italienne, tout juste indépendante elle aussi, pour former la République de Somalie.En 1991, à la chute de la dictature de Siad Barre à Mogadiscio, le Somaliland a proclamé de façon unilatérale son indépendance, qu'il n'est pas parvenu à faire reconnaître au niveau international.Alors que l'État s'effondrait en Somalie, qui a plongé depuis dans le chaos et la violence des milices armées ou des islamistes shebab, le Somaliland, bien qu'extrêmement pauvre, a connu la paix et la stabilité. Il bénéficie aussi d'un emplacement stratégique, sur le golfe d'Aden.Taïwan fut à la fin de la guerre civile chinoise en 1949 le refuge des nationalistes du Kuomintang, emmenés par Tchang Kaï-chek et vaincus par les communistes, et la base de la "République de Chine" qui se voulait la continuité légitime de la première république chinoise proclamée en 1912 à Nankin.Les autorités chinoises multiplient les efforts pour isoler diplomatiquement Taïwan, qu'elles considèrent comme une partie intégrante du territoire chinois, pouvant être repris par la force le cas échéant. La Chine a arraché, ces trois dernières années, sept pays alliés à Taïwan qui n'est plus reconnu que par quinze États dans le monde.Les drapeaux de Taïwan et du Somaliland avaient été hissés et les hymnes nationaux entonnés à l'occasion d'une cérémonie tenue lundi à Hargeisa, la capitale du Somaliland, pour l'ouverture de ce bureau."Nous ne doutons pas des bénéfices mutuels que peuvent apporter des liens d'amitiés avec le Somaliland", avait déclaré à cette occasion Lou Chen-hwa, qui dirigera la représentation de Taïwan.Il avait ajouté que les deux territoires prévoyaient une large coopération, de la santé à l'agriculture, en passant par la sécurité.L'annonce de l'ouverture de ces représentations avait été faite début juillet. L'inauguration de la représentation du Somaliland à Taipei devrait avoir lieu prochainement.Le Somaliland et Taïwan sont d'une certaine manière des "partenaires naturels", d'autant plus que Pékin hésite à s'engager plus avant avec le premier en raison de son statut, a estimé Omar Mahmood, expert somalien pour l'International Crisis Group."Les autorités du Somaliland ont probablement estimé qu'elles n'avaient pas grand chose à perdre, étant donné qu'elles recevaient peu de Pékin", a-t-il souligné. Les Émirats arabes unis ont récemment investi des centaines de millions de dollars pour développer le port de Berbera, au Somaliland, et l'Égypte a envoyé il y a peu de temps une délégation à Hargeisa pour discuter d'une éventuelle coopération."Le Somaliland est ravi d'être au coeur des rivalités géopolitiques," a jugé Rashid Abdi, un chercheur spécialiste de la Corne de l'Afrique.