Tanzanie: les médias privés boycottent la ministre de l�??Information

Par La rédaction

Arusha (Tanzanie) (AFP)

Les principaux médias privés tanzaniens ont décidé de boycotter, pour une durée indéfinie, les activités de la ministre de l'Information, Fennela Mukangara, en signe de protestation contre la suspension de deux journaux, ont-ils annoncé dans un communiqué reçu jeudi.

Le 27 septembre, le Mwananchi (le Citoyen en kiswahili) et le Mtanzania (le Tanzanien) ont été suspendus, respectivement pour 14 jours et 90 jours, le gouvernement les accusant d'avoir publié des articles séditieux.L'an dernier déjà, le 30 juillet 2012, un autre journal, Mwanahalisi, avait déjà été suspendu, cette fois pour une durée indéterminée.

Dans leur communiqué, les professionnels des médias indiquent avoir décidé "de ne pas assurer de couverture médiatique, et ce pour une période indéterminée, pour la ministre de l'Information et le directeur des Services d'information en Tanzanie Assah Mwambene".

La décision a été prise mercredi à Dar es Salaam par l'Association des propriétaires des médias en Tanzanie, le Forum des Editeurs de Tanzanie, le Conseil des Médias en Tanzanie et l'Union des clubs de presse de Tanzanie.

Dans leur texte, ils "expriment leur consternation face à l'insensibilité du gouvernement aux appels lancés par les propriétaires de médias, les éditeurs et d'autres acteurs, en faveur de la levée des mesures de suspension des trois publications", et demandent au gouvernement "d'abolir l'odieuse loi sur la presse de 1976" en vertu de laquelle le ministre de l'Information peut suspendre un journal sans lui avoir donné l'occasion de se défendre.

Les mesures contre le Mwananchi et le Mtanzania ont été dénoncées par le Comité de protection des journalistes (CPJ), selon lequel la Tanzanie s'appuie souvent "sur un arsenal de lois anti-médias" qui confèrent au ministère de l'Information "de larges pouvoirs discrétionnaires" en matière d'interdiction de publications.

La délégation de l'Union européenne (UE) en Tanzanie s'est également déclarée "préoccupée" par la décision des autorités tanzaniennes, estimant qu'"une loi moderne sur le droit à l'information et une législation actualisée contribueraient à un environnement plus ouvert et plus favorable à la presse".

La société civile et l'opposition tanzaniennes avaient tout aussi unanimement dénoncé la décision gouvernementale et réclamé l'abolition de la loi en question.