Tchad: la démocratisation en péril avec le boycott de la présidentielle

24 mars 2011 à 13h09 par La rédaction

LIBREVILLE (AFP)

Le processus de démocratisation lancé au Tchad en 2007 semble menacé avec le boycott de l'élection présidentielle d'avril par des opposants qui qualifient de mascarade les législatives de février remportées par le président Idris Deby.

"Nous y avons cru, nous avons voulu y croire mais, malheureusement, nous constatons à notre corps défendant que c'était un marché de dupes", affirme à propos des accord de 2007 entre pouvoir et opposition Wadal Abdelkader Kamougué "WAK", un des trois opposants ayant "suspendu" sa participation à la présidentielle du 24 avril.

"Aujourd'hui, Deby a la Céni (Commission électorale nationale indépendante) qu'il veut, il y a des fraudes, l'administration travaille pour le parti, il y a un déploiement insolent d'argent alors que le peuple vit dans la misère", ajouté "WAK", plusieurs fois ministre, et qui représentait l'Union pour le renouveau et la démocratie (URD) qui a obtenu 7 sièges aux législatives de février.

Le principal opposant Saleh Kebzabo ainsi que MM.Kamougué et Ngarlejy Yorongar de la Fédération action pour la République (FAR, 4 sièges), appellent "à boycotter massivement la fraude historique du 24 avril pour manifester le rejet d'un système de vingt ans".

La formation de M. Kebzabo, l'Union nationale pour la démocratie et le renouveau (UNDR), a obtenu 9 sièges sur les 188 de l'Assemblée, loin derrière les 113 du Mouvement patriotique du Salut (MPS) du président Deby.

Les législatives de février étaient les premières élections non-boycottées depuis 2002.

Depuis l'arrivée au pouvoir d'Idriss Deby Itno en 1990 au terme d'un coup d'Etat, les scrutins tchadiens avaient été systématiquement contestés par l'opposition et la société civile, pour culminer par le boycott de la présidentielle de 2006.

En août 2007, pouvoir et opposition (à l'exception des rebelles armés) ont signé un accord politique censé favoriser la démocratisation du régime.

Du côté de la majorité présidentielle, on refuse officiellement de commenter le retrait des principaux opposants de la présidentielle, qui nuit à l'image du régime en quête de légitimité.

"Nous déplorons cette décision mais la porte n'est pas totalement fermée.Il peut y avoir des négociations et on espère que les trois candidats reviendront à de meilleurs sentiments", dit-on officieusement.

M. Kamougué n'est pas contre le fait de négocier mais précise: "ce qui est certain, c'est qu'on n'ira pas au vote avec les anciennes cartes.Il faut un report de l'élection de plusieurs mois".

"M.Deby s'y refuse au nom de la Constitution.Il dit qu'il y a un vide juridique (le mandat de président se terminant début juin) mais quand cela l'arrangeait, il n'a pas hésité à faire changer la Constitution pour supprimer la limitation des mandats (en 2005)", ajoute M. Kamougue.

"Il n'est pas trop tard pour bien faire.Nous sommes prêts à accepter un prolongement de son mandat du nombre de mois qu'il faut", dit-il.

Gilbert Desesquelles, l'ambasseur de l'Union européenne, "regrette" le boycott des opposants mais n'y voit pas pour autant la fin du processus de démocratisation.

"La démocratisation, c'est deux pas en avant, un pas en arrière.Il y a des phases d'accélération et de ralentissement", estime le diplomate, qui souligne que pour la première fois la Céni, principal objet des critiques de l'opposition, est "paritaire".

Justement, "le problème essentiel c'est la faillite de la Céni qui n'a pas fait son travail", précise un observateur sous couvert de l'anonymat."Il y avait des membres de l'opposition au sein de la Céni et ils ont bien vu que leurs membres se comportaient comme ceux du régime".