Tchad: poursuivi par sa femme, le mari arrêté pour tentative de corruption de magistrat

23 octobre 2018 à 18h20 par AFP

AFRICA RADIO

L'époux de la jeune tchadienne Hawariya, qui poursuit son mari devant la justice tchadienne pour "détournement de mineure", a été arrêté mardi pour "tentative de corruption sur magistrat", a déclaré le ministre de la Justice à l'AFP.

M. Haroun Hissein "a été conduit à la Section nationale de recherches judiciaires (SNRJ) de N'Djamena pour enquêtes. Il semblerait qu"il aurait donné 6 millions de francs CFA (9.146 euros) à la justice tchadienne", a indiqué à l'AFP le ministre de la Justice, Djimet Arabi. "Il y a plusieurs mois, alors que le Conseil islamique entendait Haroun Hissein pour gérer le cas de Hawariya au niveau du droit coutumier, M. Hissein et sa famille ont déclaré avoir payé 6 millions de francs CFA de pots-de-vins à la justice", indique à l'AFP Saleh Idriss, le cousin de Hawariya."J'avais enregistré ces échanges pour qu'ils servent de preuve et M. Hissein avait déjà été arrêté pour tentative de corruption. Il a été relaxé sans avoir été jugé, après le départ de N'Djamena du procureur qui avait suivi l'affaire", précise Saleh Idriss.Séquestrée, torturée pendant plusieurs mois en 2016 par Haroun Hissein alors qu'elle avait 14 ans, la jeune Hawariya Mahamat Abdoulaye et sa famille poursuivent l'homme en justice pour "détournement de mineure". Le mari avait été jugé "non coupable" en première instance en août 2017, le tribunal considérant l"'infraction non constituée". Plusieurs fois reporté, le procès en appel doit avoir lieu le 31 octobre. "Le ministère de la Justice va suivre avec beaucoup d'attention ce dossier pour qu'il se dénoue rapidement", indique M. Arabi.Hawariya, qui vit désormais avec sa famille à N'Djamena, confiait à l'AFP début octobre ne plus croire en la justice "corrompue" de son pays et craindre les représailles de M. Hissein, avec qui elle est toujours mariée.Le divorce pourrait être prononcé rapidement si le père de Hawariya fait les démarches auprès du tribunal civil, selon le ministre.Au Tchad, 68% des femmes sont mariées avant leur majorité et celles-ci font l'objet de nombreuses violences, dont des mariages par rapt dans certaines communautés, indique l'Unicef."Depuis l'interdiction du mariage des enfants signée en 2015, nous avons constaté des avancées et quelques condamnations; mais certaines coutumes ou la pauvreté restent des obstacles", précise le ministre.