Tension au Malawi, où la justice suspend l'annonce des résultats des élections

25 mai 2019 à 16h39 par AFP

AFRICA RADIO

La justice a fait monter d'un cran samedi la température politique au Malawi en exigeant de la Commission électorale (MEC) la suspension de l'annonce des résultats de l'élection présidentielle du 21 mai en raison d'allégations de fraudes.

Saisie par l'opposition, la Haute Cour de la capitale, Lilongwe, a ordonné à la MEC de recompter tous les bulletins dans 10 des 28 districts électoraux du pays avant d'annoncer de nouveaux résultats.

"L'annonce des résultats de la présidentielle est suspendu jusqu'à ce que les bulletins (...) soient recomptés en présence des représentants des partis qui contestent le dépouillement", a-t-elle indiqué dans son jugement.

Les derniers chiffres diffusés jeudi, après dépouillement de trois quarts des bureaux de vote, accordaient un avantage au chef de l'Etat sortant, Peter Mutharika, crédité de 40,49% des suffrages, devant son rival du parti du Congrès du Malawi (MCP), Lazarus Chakwera, avec 35,44% des voix.

Dès mercredi soir, M. Chakwera avait affirmé être "très largement en tête", selon des chiffres compilés par son propre état-major, et accusé le pouvoir de préparer des fraudes.

Il a donc décidé de saisir la justice en pointant du doigt de nombreuses "irrégularités". 

"Les résultats imprimés par la MEC que nous avons vérifiés révèlent de graves irrégularités", a expliqué samedi à l'AFP le porte-parole du MCP, Eisenhower Mkaka.

Parmi les anomalies constatées, M. Mkaka a constaté "des annotations manuscrites", "des marques de produit effaçant blanc recouvrant certains résultats" ainsi que l'utilisation de feuilles d'émargement non officielles.

"Tout ceci remet en question l'authenticité de ces documents", a insisté le porte-parole du parti d'opposition.

- 'Sérieuses anomalies' -

Le vice-président sortant, Saulos Chilima, pointé à la troisième place des résultats provisoires avec 18% des voix, est venu samedi joindre ses critiques à celle de M. Chakwera en réclamant samedi à l'annulation complète du dépouillement.

"Les sérieuses anomalies se sont aggravées et compromettent de façon significative la crédibilité et l'intégrité du scrutin", a-t-il accusé devant la presse.

"Le pays doit se ressaisir et préparer des élections crédibles qui satisferont le peuple du Malawi", a insisté M. Chilima, "il ne faut pas laisser les fraudeurs continuer à tenir ce pays en otage".

Le camp présidentiel n'a pas réagi à la décision de la justice. 

Cible de nombreuses critiques, la MEC avait déjà annoncé vendredi qu'elle ne publierait pas de nouveaux chiffres tant que les litiges portés à sa connaissance n'étaient pas réglés.

Elle adonc obtempéré samedi soir aux injonctions des juges."Nous allons examiner les motifs de cette injonction et nous prononcer sur l'opportunité de faire appel", a déclaré à l'AFP un de ses responsables, Sam Alfandika.

Selon la loi, la Commission dispose de huit jours après le scrutin pour en publier les résultats, soit au plus tard mercredi prochain.

Elle a indiqué samedi soir qu'elle publierait dans les temps ceux des scrutins législatifs et locaux, non visés par la justice.La plus grande confusion régnait toutefois sur la date à laquelle elle pourrait publier ceux de la présidentielle.

De nombreux incidents avaient émaillé les élections générales précédentes en 2014.

La société civile malawite et les observateurs se sont cette année félicités du bon déroulement, jusque-là, du scrutin, largement reconnu comme libre, transparent et équitable.

Au pouvoir depuis 2014, Peter Mutharika a fait campagne pour un second mandat en louant ses résultats en matière d'infrastructures du pays, notamment les routes, mais son règne a été terni par des scandales de corruption.