Tigré: des médecins dénoncent des intrusions de soldats éthiopiens dans un hôpital

Par AFP

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Des soldats éthiopiens à la recherche de combattants ennemis sont venus à deux reprises interroger des patients dans un hôpital du Tigré, région du nord du pays visée par une offensive de l'armée fédérale depuis plus de six mois, ont affirmé mercredi à l'AFP deux médecins.

Ces militaires se sont rendus dimanche et lundi dans l'hôpital de la ville d'Aksoum, ce qui a perturbé les traitements et fait fuir certains patients, ont indiqué ces médecins sous couvert d'anonymat pour des raisons de sécurité.Les soldats ont enlevé les pansements et perfusions de certains patients, sont entrés dans une salle d'opération qu'ils ont contaminée, et ont pointé leurs armes sur les médecins et infirmières qui tentaient de s'interposer, a détaillé l'un deux."Notre personnel a tellement peur que nous ne sommes pas en mesure de faire nos activités de traitement", a-t-il déclaré.Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, a envoyé l'armée fédérale au Tigré en novembre 2020 pour arrêter et désarmer les chefs du parti qui dirigeait la région, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), en dissidence vis-à-vis du pouvoir central.M. Abiy avait promis une victoire rapide mais, plus de six mois plus tard, les combats se poursuivent dans la région, où la situation humanitaire critique alarme la communauté internationale.L'ONG Médecins sans frontières (MSF), qui soutient l'hôpital d'Aksoum, a confirmé dans un communiqué la venue dimanche et lundi de soldats qui "sont allés, salle par salle, à la recherche de patients, intimidant les gardiens et menaçant le personnel de santé".MSF s'est dite "très préoccupée par les fréquentes violations de la neutralité de la mission médicale par les groupes armés" au Tigré. L'ONG n'a pas précisé ce que cherchaient ces soldats. Selon les médecins interrogés par l'AFP, les militaires semblaient être à la recherche de combattants pro-TPLF, bien qu'il n'aient emmené aucun patient avec eux."Quand ils voient un patient blessé, ils vont vers lui et lui demandent: +Es-tu un combattant du TPLF ?+", a raconté l'un des médecins.De plus, l'hôpital d'Aksoum figurait dans un récent reportage de CNN et les médecins interrogés par l'AFP soupçonnent que l'établissement a été ciblé pour cette raison.Le chef d'un poste de commandement militaire au Tigré et une porte-parole de l'administration intérimaire de la région n'ont pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires de l'AFP mercredi.