Tigré : l'Ethiopie appelle les rebelles à un cessez-le-feu

1er juillet 2021 à 16h09 par AFP

AFRICA RADIO

L'Ethiopie a appelé jeudi les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) à adhérer au cessez-le-feu unilatéral qu'elle a proclamé après avoir perdu le contrôle de Mekele, la capitale de la région.


Les troupes pro-TPLF ont repris lundi Mekele, capitale du Tigré, un tournant majeur après bientôt huit mois de conflit dans cette région de l'extrême Nord de l'Ethiopie.Addis Abeba avait décrété dans la foulée un "cessez-le-feu unilatéral".

"La décision de suspendre les hostilités a été prise unilatéralement, de notre côté.Mais bien sûr, pour mettre pleinement en oeuvre un cessez-le-feu, il faut être deux, comme au tango", a déclaré jeudi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Dina Mufti.

"C'est à la partie adverse de réagir pour permettre la mise en oeuvre effective du cessez-le-feu", a-t-il insisté.

Le Premier ministre Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, a lancé début novembre une opération militaire au Tigré pour y renverser les autorités locales, issues du TPLF.

Le conflit a déjà fait des milliers de morts.Selon l'ONU, au moins 350.000 personnes se trouvent en situation de famine dans la région - ce que conteste le gouvernement éthiopien.

Les Etats-Unis estiment de leur côté que 900.000 personnes sont "vraisemblablement déjà en train de faire face à des conditions de famine".

Jeudi, l'ONG International Rescue Committee (IRC) a déclaré qu'un pont situé sur un axe crucial pour la livraison de l'aide alimentaire a été "détruit". 

"Nous sommes consternés d'apprendre que le pont de Tekeze au Tigré a été détruit", a déclaré l'ONG sur Twitter, à propos de cette infrastructure située au nord de la ville tigréenne d'Emba Madre.

"Il s'agissait d'une des principales routes d'approvisionnement au Tigré ce qui signifie que les efforts humanitaires vont être encore plus gênés que par le passé.L'IRC continue d'appeler à un accès humanitaire sans entraves à la région".

Il n'était pas possible de savoir dans l'immédiat qui a détruit l'ouvrage.

- Craintes de "blocus" -

Le gouvernement de M. Abiy s'est engagé à de nombreuses reprises à faciliter l'accès humanitaire et à fournir lui-même de l'aide. 

Mais, bien que le cessez-le-feu ait été motivé par des raisons humanitaires, les travailleurs humanitaires s'inquiètent d'un accès de plus en plus difficile à la région. 

Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) a annoncé jeudi qu'un convoi de 29 camions transportant de l'aide alimentaire s'était vu refuser l'accès au Tigré et avait dû rebrousser chemin.

Le porte-parole de la cellule de crise gouvernementale pour le Tigré, Redwan Hussein, a affirmé mercredi que le cessez-le-feu "aiderait le peuple du Tigré à réfléchir aux avantages et aux inconvénients de comploter avec un groupe terroriste pour combattre les troupes éthiopiennes qui fournissent protection et aide humanitaire dans la région". 

De tels commentaires font craindre un "blocus" qui risque de compliquer encore l'acheminement de l'aide, s'est alarmé un responsable humanitaire joint par l'AFP et parlant sous couvert d'anonymat.

"Premièrement, nous n'avons pas assez de carburant pour faire roulr tous nos véhicules, et deuxièmement nous avons besoin de garanties significatives quant à un accès sûr", a-t-il expliqué. 

Les rebelles pro-TPLF, appelés Forces de défense du Tigré (TDF), ont lancé une offensive le 18 avril, trois jours avant des élections nationales très attendues, qui se sont tenues dans une grande partie de l'Ethiopie.

En l'espace d'une dizaine de jours, ils ont inversé de manière spectaculaire le rapport de forces sur le terrain.Depuis fin novembre, la majeure partie de la région était contrôlée par l'armée fédérale.

Outre Mekele, les TDF, bénéficiant d'un large soutien populaire, contrôlent désormais une vaste majorité du Tigré, selon des analystes et des diplomates. 

Mardi, Getachew Reda, un porte-parole des forces rebelles, a qualifié le cessez-le-feu de "blague", allant jusqu'à menacer de "marcher" sur les capitales de l'Ethiopie et de l'Erythrée, frontalière du Tigré et dont les troupes sont intervenues aux côtés de l'armée fédérale, pour défendre la région.