Togo: derniers meetings avant les législatives

Par La rédaction

Lomé (AFP)

Au Togo, les candidats aux législatives s'adressaient une dernière fois mardi aux électeurs, à deux jours d'un scrutin où l'opposition, divisée, tente de défier le pouvoir détenu depuis plus de quatre décennies par la même famille.

Le collectif "Sauvons le Togo" (CST) et la coalition Arc-en-Ciel, qui rassemblent plusieurs partis d'opposition et des membres de la société civile, ont manifesté à plusieurs reprises ces derniers mois pour réclamer des réformes préalables au scrutin, initialement prévu en octobre, dans ce petit pays de six millions d'habitants dirigé par la famille Gnassingbé depuis 46 ans.

Plusieurs partis d'opposition avaient même refusé, dans un premier temps, de présenter des listes électorales, les réformes réclamées n'ayant pas été effectuées.Mais des pourparlers ont abouti, au début du mois, à un accord de dernière minute avec l'opposition.

Les derniers meetings de campagne du CST comme ceux de l'Union pour la République (UNIR) du président Faure Gnassingbé devaient se tenir mardi après-midi, quelques heures avant la fin officielle de la campagne.

Le parti du président Gnassingbé avait raflé 50 sièges sur 81 lors des législatives de 2007.

Cette fois-ci, 91 sièges sont à pourvoir et 26 partis politiques participent aux élections.

Ce redécoupage électoral est censé équilibrer un hémicycle dans lequel le Nord, moins peuplé, traditionnel soutien du parti au pouvoir, était largement surreprésenté.

Pour Comi Toulabor, historien franco-togolais et directeur de recherche au Centre d'études d'Afrique noire (CEAN) de Bordeaux, cependant, le nouveau découpage électoral, qui se base sur un recensement de la population largement contesté, continue à favoriser le Nord au détriment de la capitale Lomé notamment.

Jean-Pierre Fabre, à la tête de l'Alliance nationale pour le changement (ANC, opposition), arrivé second derrière M. Gnassingbé à la présidentielle de 2010, figure sur la liste du CST.

La ministre de la promotion de la Femme Patricia Dagban-Zonvidé est la tête de liste du parti au pouvoir à Lomé.

Le parti de Gilchrist Olympio, figure historique de l'opposition et fils du premier président togolais, prend aussi part au scrutin, même si lui-même n'apparaît pas sur les listes.

M. Olympio, dont le père a été assassiné en 1963 lors d'un coup d'Etat auquel a pris part le père de l'actuel président, a conclu un accord avec le pouvoir en 2010, à l'issue duquel son parti est entré au gouvernement.

Chef de l'opposition : un nouveau poste

Un choix très critiqué par le reste de l'opposition, qui l'a taxé d'opportunisme, mais que M. Olympio a justifié en disant qu'il voulait aider son pays à aller de l'avant.

Autre nouveauté de ces législatives: un poste a été créé à l'Assemblée nationale, celui de chef de l'opposition.

"Dans les pays où la vie politique est bipolaire, cela a un sens, mais pas au Togo", où les partis politiques sont très nombreux et où l'opposition est "en rangs dispersés", critique l'homme politique franco-togolais Kofi Yamgnane, du mouvement "Sursaut Togo".

Sur la plage de Lomé, un cuisinier de 32 ans, entraîneur de football à ses heures perdues, avoue être séduit par l'ANC de Jean-Pierre Fabre.Mais il est originaire du nord et pense donc qu'il doit rester loyal au parti au pouvoir.

De tout façon, interroge-t-il, "la vie des Togolais, est-ce qu'ils en tiennent compte?"

Les manifestations de ces dernières mois se sont aussi nourries des difficultés économiques du Togo, un pays pauvre confronté à une baisse de la production de coton et à la stagnation de l'industrie du phosphate.

Un douanier de 48 ans refusant de donner son nom, croisé dans les rues de Lomé, considère que cette grogne sociale est positive pour le pays: "C'est ça la démocratie, on va y venir étape par étape".

Le Togo a été dirigé d'une main de fer par le général Gnassingbé Eyadéma de 1967 à sa mort en 2005.Porté au pouvoir par l'armée, son fils Faure Gnassingbé lui a succédé en 2005.Il a remporté en 2005 puis en 2010 des scrutins présidentiels dont les résultats ont été contestés par l'opposition.