Togo: l'affaire des incendies enflamme le débat des législatives

Par La rédaction

Lomé (AFP)

Les incendies qui ont détruit le marché Adawlato de Lomé et celui de Kara, dans le Nord, au milieu de la nuit en janvier, ont joué un rôle central dans la campagne électorale en vue des législatives de jeudi au Togo.

Le sol de ce qui fut le plus grand marché de Lomé n'est plus qu'un vaste tas de cendres, jonché de jupes colorées noircies par les flammes et de morceaux de poteries. 

"On ne sait pas!" dit une vendeuse de sacs de 35 ans quand on lui demande qui est responsable du feu qui a ravagé le bâtiment de deux étages dans le centre de la capitale togolaise.Tout ce qu'elle sait, c'est qu'elle y a laissé 16.000 dollars de marchandise.

D'autres, autour, pointent du doigt les politiciens et ils accusent les pompiers de n'avoir pas su agir à temps.

Dans le sillage des incendies de janvier, qui n'ont pas fait de victimes mais engendré des pertes matérielles importantes, 35 personnes ont été arrêtées, des opposants au régime pour la plupart, dont des candidats aux législatives de jeudi.

Ces dernières semaines, l'opposition a obtenu la libération de 13 de ses membres ainsi que d'autres concessions de la part du gouvernement.En échange, elle a accepté de prendre part aux législatives.

Mais la lumière n'a toujours pas été faite sur les incendies de janvier et le gouvernement a souligné que les personnes libérées n'avaient pas été innocentées: si elles sont jugées coupables, elles retourneront derrière les barreaux.

L'opposition veut une enquête indépendante

Le ministre de l'Administration territoriale, Gilbert Bawara, reconnaît que les accusés sont présumés innocents jusqu'à la tenue d'un procès, mais il rappelle que ces incendies ont eu lieu au moment où des manifestations étaient organisées pour demander le départ du président Faure Gnassingbé.

"Peut-être que le régime ne s'est pas effondré, mais les marchés se sont effondrés", a-t-il déclaré à l'AFP."Cela peut être une coïncidence fortuite, mais nous avons besoin de savoir ce qui s'est passé".

L'opposant Jean-Pierre Fabre, principal adversaire de Gnassingbé à la présidentielle de 2010, qui fait partie des accusés de l'affaire des incendies mais n'a pas été arrêté, réclame une enquête indépendante.

"Il faut libérer tout le monde", a-t-il déclaré à l'AFP en marge de son dernier meeting mardi.

Les incendies sont survenus au milieu d'une série de manifestations organisées par le collectif Sauvons le Togo, qui rassemble des membres de l'opposition et de la société civile, réclamant des réformes avant la tenue du scrutin.

Bon nombre de ces rassemblements ont été dispersés à coup de gaz lacrymogène et les élections, initialement prévues en octobre 2012, ont été repoussées de plusieurs mois.

Des partis d'opposition avaient même refusé, dans un premier temps, de présenter des listes électorales, les réformes réclamées n'ayant pas été effectuées.Mais des pourparlers ont abouti, au début du mois, à un accord pouvoir-opposition.

Ces élections sont le plus récent chapitre d'une longue transition vers la démocratie, le Togo ayant été gouverné d'une main de fer pendant plus de 30 ans par Gnassingbé Eyadéma, père de l'actuel président, jusqu'à sa mort en 2005.

Porté au pouvoir par l'armée, Faure Gnassingbé lui a succédé, remportant en 2005 puis en 2010 des scrutins présidentiels dont les résultats ont été contestés par l'opposition.

Selon certains observateurs, l'opposition, en ordre dispersé, va avoir du mal à obtenir assez de sièges, parmi les 91 à pourvoir, pour peser réellement dans l'hémicycle, malgré un vent de contestation face au fort taux de chômage notamment.

Les manifestations de ces derniers mois se sont nourries des difficultés économiques, dans ce pays pauvre confronté à une baisse de la production de coton et à la stagnation de l'industrie du phosphate.

Kofi Yamgnane, homme politique franco-togolais actuellement basé en France, accuse le gouvernement d'utiliser les incendies comme "des leurres".

Ainsi, "on passe son temps à négocier la libération des opposants et on n'aborde pas les vrais problèmes", regrette-t-il.