Trois Français enlevés au Nigeria "localisés" par le groupe rebelle Mend

23 septembre 2010 à 4h04 par La rédaction

PARIS (AFP)

Trois marins français ont été enlevés dans la nuit de mardi à mercredi lors de l'assaut d'un bateau opérant sur un champ pétrolier au large du Nigeria et "localisés" par le principal groupe armé du sud de ce pays qui a affirmé être en pourparlers avec les ravisseurs pour qu'ils lui soient remis.

Selon l'exploitant du bateau, le groupe français de services maritimes Bourbon, "le navire Bourbon Alexandre et ses seize membres d'équipage ont fait l'objet d'un assaut conjugué de plusieurs canots rapides".

"Trois membres d'équipage français ont été enlevés.Les 13 autres membres d'équipage sont restés à bord et aucun blessé n'est à déplorer", a-t-il indiqué dans un communiqué, sans préciser la nationalité des treize personnes restées à bord.

A Lagos, le porte-parole de la marine nigériane, David Nabaida, a indiqué qu'un Thaïlandais avait également été enlevé.

"Tout nous laisse penser que nous sommes dans le cadre d'un acte de piraterie classique", a déclaré sur France 24 le ministre français de la Défense, Hervé Morin, relevant qu'il y a eu "à peu près une centaine d'actes de piraterie en 2009 dans le golfe de Guinée".

Quelques heures après le rapt, le Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger (Mend), groupe rebelle du sud du Nigéria, a affirmé dans un communiqué avoir "localisé les trois Français et une autre personne enlevée dans un incident séparé la même nuit" et "être en pourparlers avec les ravisseurs" pour qu'ils les lui remettent.

"Lorsque cela aura été fait, nous serons davantage en mesure de donner une information supplémentaire sur leur état de santé et sur la durée de leur séjour parmi nous", a encore indiqué le Mend.

Ce mouvement, qui réclame une meilleure redistribution dans le delta du Niger de la manne générée par le pétrole et le gaz extraits dans la région, a revendiqué dans le passé plusieurs enlèvements d'employés du secteur pétrolier et attaqué des installations pétrolières.

L'enlèvement de ces trois Français au Nigeria survient six jours après le rapt revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) de cinq Français, un Togolais et un Malgache au Niger, employés par le groupe nucléaire français Areva et l'un de ses sous-traitants.

Selon le porte-parole de la marine nigériane, les assaillants du bateau "étaient très bien armés.Il y a eu un important échange de coups de feu entre eux et nos hommes pendant près de deux heures et demie", a-t-il dit."Je pense qu'il s'agit juste de criminels qui agissent pour l'argent", a poursuivi le porte-parole, précisant que "tout est mis en oeuvre" pour retrouver les personnes enlevées.

Une cellule de crise, mise en place au siège de Bourbon à Marseille, "évalue la situation en temps réel" avec l'objectif d'"obtenir une libération dans les meilleurs délais et conditions de sécurité", a indiqué le groupe.

L'entreprise indique travailler avec les autorités françaises et nigérianes, et précise qu'elle "ne fera aucun autre commentaire qui pourrait nuire à la libération des membres d'équipage enlevés".

Avant l'annonce par le Mend de la "localisation" des trois Français, le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, avait émis l'espoir d'une libération rapide des trois Français dans des déclarations faites à New York à l'AFP.

"Nous avons hélas de l'expérience à ce propos et j'espère qu'ils seront libérés relativement rapidement", a-t-il dit.

Le groupe Bourbon a déjà été confronté à trois reprises depuis août 2008 à des enlèvements de collaborateurs au Nigeria, où le phénomène est courant.Les personnes avaient été à chaque fois relâchés peu après.

Début 2009, un de ses bateaux et ses neuf membres d'équipage avaient été capturés au large des côtes nigérianes avant d'être libérés quelques jours plus tard en bonne santé.

Fin octobre 2008, dix otages, dont sept Français, avaient été capturés sur un autre navire de Bourbon opérant sur un terminal pétrolier au large de la péninsule de Bakassi (Cameroun) et relâchés peu après.

En août 2008, deux Français, membres de l'équipage d'un navire de ravitaillement de la même société, avaient été enlevés dans un bar du port d'Onne, près de Port-Harcourt, la capitale pétrolière du Nigeria et relâchés début septembre.