Dépêches AFP

Trois morts morts à cause d'un différend foncier en Côte d'Ivoire

26 février 2020 à 18h44 Par AFP
Un différend foncier, problème récurrent dans les campagnes de Côte d'Ivoire, a couté la vie à trois personnes et a failli dégénérer en affrontements intercommunautaires dans le village de Kabakouma (ouest), a constaté mercredi un journaliste de l'AFP. "Il y a eu trois morts, mais la situation est désormais calme" après ces incidents qui ont eu lieu landi et mardi, a affirmé mercredi à l'AFP le ministre de l'Intérieur Vagondo Diomandé. Selon des témoignages recueillis sur place par l'AFP, un cultivateur a tué son "tuteur", l'épouse de ce dernier et a blessé deux autres personnes en raison d'un différend foncier. Il s'est ensuite pendu et son corps a été retrouvé mercredi.Encadré par un important dispositif sécuritaire composé de gendarmes et de policiers de la région, le préfet du département de Biankouma, Hamilton N'Dri N'Guessan s'est rendu sur les lieux pour éviter que le conflit se transforme en affrontements intercommunautaires.Il a notamment appelé au calme les jeunes du village armés de machettes et de gourdins très en colère qui menaçaient directement les populations allogènes - venant de pays voisins, notamment du Burkina mais aussi d'autres régions ivoiriennes - dont est issu l'assassin.Certains allogènes craignant des représailles ont quitté le village avec femmes et enfants.Dans une pratique fréquente en Côte d'Ivoire, les populations allogènes négocient avec les populations locales le droit de cultiver la terre, mais le cultivateur se voit alors assigné un tuteur.Il est fréquent que ces arrangements dégénèrent en conflits en raison d'impayés du cultivateur ou d'abus du tuteur qui réclame des sommes trop importantes voire veut reprendre la terre une fois celle-ci mise en valeur. La majorité des terres en Côte d'Ivoire ont un propriétaire, établi selon des coutumes locales. Mais seules 4% des terres avec titre de propriété sont officiellement recensées par l'Etat.En 2013, le gouvernement ivoirien avait annoncé l'immatriculation sur dix ans de 23 millions d'hectares pour régler la question agraire. Or le projet est resté lettre morte.Le secteur est pourtant vital: l'agriculture représente un quart du PIB et deux tiers de la population active en vivent directement ou indirectement Il assure 70% des recettes à l'exportation."Il y a eu énormément de conflits, de litiges fonciers dans la région" de l'ouest, selon Gisèle Dutheuil, d'Audace Institut Afrique, un think-tank auteur d'un programme pilote pour que les villageois établissent leur propre registre foncier. "Clarifier la gouvernance locale est vraiment essentiel pour limiter les risques de conflits".Kabakouma est le village natal de l'ancien président le général Robert Guéi (1999-2000), qui avait renversé le président Henri Konan Bédié en 1999. Il avait été tué à Abidjan lors du début de la rébellion en 2002.